C. — UNION DE U ÉGLISE ET DE UÉTAT
I. — Nécessité et base : c'est la seule forme légitime de leurs relations. Cela ressort de l'exclusion des autres systèmes. L'ordre a pour fondement la vérité ; l'union, qui est l'ordre, se fondera donc sur la nature vraie des deux sociétés. Cette nature sera déterminée par leurs Uns respectives.
ni — Mode de cette union : 1» Il faudra traiter en faisant des sacrifices réciproques : en ce sens que l'État doit y mettre la déférence d'un fils et l'Église la condescendance d'une mère. Mais l'Église ne peut lien céder du dépôt qu'elle a reçu de Jésus-Christ, et l'État n'a besoin d'abdiquer aucun droit réel.
2° Il faudra traiter de puissance à puissance, mais de puissance supérieure à puissance subordonnée, non d'égal à égal. C'est la conséquence nécessaire de la nature des deux sociétés et de leurs fins. La fin immédiate de l'État est d'assurer l'ordre et la prospérité temporels ; la fin immédiate de l'Église est de procurer le salut éternel. Il est évident que là fin de l'Église, n'étant autre que la fin suprême et dernière de l'homime, dépasse la fin de l'État, puisque la première est surnaturelle et spirituelle, tandis que la seconde est naturelle et temporelle. Donc, dans jl'union des deux sociétés, il n'y aura équité que si l'on maintient Vinémlité qui résulte de leur essence.
3J En cas de conflit le pouvoir spirituel doit V emporter sur le temporel : c'est à l'Église qu'il appartient de déterminer la limite entre les deux pouvoirs et de décider en dernier ressort les questions mixtes, puisque seuld elle a mission pour connaître le spirituel, chose supra-rationnelle et révélée.
dn nomme questions mixtes celles où l'élément religieux est mêlé à l'élément politique. Mais alors, dira-t-on, l'Église est juge et partie. — Oui, comme Dieu môme qu'elle représente, et il n'y a aucun empiétement à craindre, puisqu'elle est infaillible.
lïl. — Clauses essentielles de l'alliance : tout découle de cette vérité fondamentale : les deux fins et les deux sociétés sont distinctes, mais subordonnées.
A) Les fins étant distinctes : 1° L'Église n'a aucun droit direct sur la fin spéciale de l'État ; l'État reste indépendant dans sa sphère propre (le tjien temporel). Toutefois l'Église, étant la gardienne infaillible de la niorale publique et politique aussi bien que de la morale privée et domestique, a le droit et le devoir d'avertir les gouvernants baptisés qui, comme tels, sont ses sujets, dans toutes les questions où la moralité
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est engagée. Les gouvernants ont le droit et le devoir de déférer à ses avis.
2° L'État n'a aucun droit, ni direct, ni indirect, sur la fin propre de l'Église, aucun droit à entraver l'exercice de ses pouvoirs spirituels, de son organisme social : vg. c'est un abus que de s'opposer à la publication des Bulles pontificales et des Mandements épiscopaux, que de les déférer au Conseil d'État, etc.; car c'est s'immiscer dans le spirituel.
B) La fin de V État étant subordonnée à celle de V Église :
10 L'Église a le droit de réclamer de l'État chrétien le concours temporel qu'elle juge moralement nécessaire à l'accomplissement de sa fin propre.
2° L'État a le devoir d'aider l'Église positivement et activement, de donner aux choses saintes, comme dit Leibniz, curam et auxilium. 11 est, selon le mot de Constantin, « l'évêque du dehors ». C'est ainsi que les pouvoirs chrétiens ont fait lois de l'État les lois canoniques de l'Église ; le bras séculier a réprimé les hérétiques publics et scandaleux. En agissant ainsi ils songeaient à la prospérité et à la défense de la société, convaincus que la religion est le plus solide fondement des empires et que l'unité doctrinale est le meilleur rempart de l'unité nationale. Il faut se rappeler aussi que les hérétiques avérés étaient des sujets révoltés contre l'Église et contre l'État, qui troublaient la paix des consciences et la foi commune (123, I, B, 2°, 3°).
Les clauses de l'alliance s,e ramènent donc aux suivantes : 1° Distinction des deux puissances, souveraines chacune dans sa sphère piopre ; — 2o Concours .• on s'allie pour s'aider ; — 3° Subordination de l'État à l'Église dans les questions mixtes (^).