‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 293 sur 604 · POUVOIR DIRECT OU INDIRECT · texte numérisé non relu

POUVOIR DIRECT OU INDIRECT

La théorie du pouvoir direct du Pape n'a jamais été communément admise. D'après elle, le Pape aurait une suprématie de droit divin sur toutes les puissances de ce monde, motivée par la primauté qui appartient au spirituel sur le temporel ; il pourrait donc commander aux souverains comme tels et non pas seulement en tant que fidèles. La doctrine reçue est celle du pouvoir indirect (^) : le Pape peut tout directement sur le spirituel, rien directement sur le temporel, parce que les choses terrestres ne sont pas l'objet propre de sa juridiction. Mais l'Église les atteint indirectement, c'est-à-dire à travers le spirituel, auquel elles se trouvent unies, parce que les affaires temporelles influent en bien -ou en mal sur les intérêts spirituels. C'est ainsi que, dans les questions politicoreligieuses, le Pape peut intervenir et prescrire aux souverains et aux peuples ce qu'exige le bien de la religion, qui prime tout le reste. Sans doute, en ces matières mixtes, l'intervention du Pape n'est pas infaillible ; mais l'obéissance est cependant due aux prescriptions et même aux directions pontificales, car le Pape n'est pas seulement constitué Docteur de l'Église, il est encore chargé de la gouverner. Tout pouvoir légitime, le pouvoir paternel, le pouvoir civil, a fortiori celui du Pape, a droit à l'obéissance, à moins qu'il ne sorte de ses attributions ou qu'il ne prescrive des choses évidemment mauvaises. Or les questions mixtes rentrent dans les attributions du Pape et ses décisions ont la garantie spéciale d'une assistance de Dieu. Il serait donc téméraire de les blâmer intérieurement, à moins qu'on n'ait l'évidence qu'elles sont erronées ; et même alors on serait tenu au silence respectueux, c'est-à-dire qu'on devrait s'abstenir de toute critique.

(») M. d'Hulst, Conférences de Notre-Dame, 1895, Note 24", pp. 362-363.

( ') Bellarmin, Responsio ad libriim inscriplum « Triplici nodo triplex cuneua ». Apologia pro responsione sua ad librum Jacobi, Magnœ Britannise Régis... De Romano Pontifice. — Suarez, Defensio fidei catholicoe et aposlolicce adversus anglicans sectœ errores... Cf. J. DE LA Servière, De Jacobo I Anglix rege cum cardinali Roberlo Bellarmino S. J. super potestate cum regia tum pontificia disputante. — J. de Maistre, Du Pape. — J.-Ed. Gosshlin, Pouvoir du Pape au Moyen Age.

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