‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 313 sur 604 · LA QUESTION SOCIALE : CAUSES DE LA CRISE · texte numérisé non relu

LA QUESTION SOCIALE : CAUSES DE LA CRISE

rence sans frein et à une lutte sans merci pour l'existence et le bien-être, où les plus forts oppriment les plus faibles.

2» L'oubli des devoirs envers Dieu, l'absence de toute pratique religieuse, l'obscurcissement des notions de justice et de charité, fournies par la raison naturelle, ont amené la perte ou l'engourdissement du sens moral en beaucoup d'esprits. Privés de ce lest nécessaire à la bonne traversée de la vie, nombre d'employeurs et d'employés mettent leur fin dernière en ce monde et recherchent en conséquence, avec une insatiable avidité et une âpreté inexorable, par tous les moyens possibles, ;sans s'inquiéter des règles de la Morale, les biens et les jouissances terrestres. Rien de plus logique, rien de plus urgent, si, comme le soutient le naturalisme, le paradis est sur la terre et si tout finit avec la vie présente. Aussi les employeurs sans scrupule exploitent leurs employés et, traités comme des instruments de rapport, les employés pris de haine et d'envie ne visent qu'aux moyens, même violents, de supprimer la classe des riches. Cette conspiration de la masse ouvrière a été singulièrement favorisée par l'agglomération des travailleurs dans les grandes villes.

Tout est résumé dans ce tableau saisissant de la crise sociale, tracé par Léon XIII : « Les progrès incessants de l'industrie, les routes nouvelles que les arts se sont ouvertes, l'altération des rapports entre les ouvriers et les patrons, l'affluence des richesses dans les mains d'un petit nombre, à côté de l'indigence de la multitude, enfin, l'opinion plus grande que les ouvriers ont conçue d'eux-mêmes et leur union plus compacte, tout cela, sans parler de la corruption des mœurs, a eu pour résultat final un redoutable conflit... Nous sommes persuadé, et tout le monde •en convient, qu'il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en .aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont pour la pJupart dans une situation d'infortune et de misère imméritée. Le dernier -siècle a détruit, sans leur rien substituer, les corporations anciennes qui •étaient pour eux une protection ; tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs, isolés et sans défense, se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence •effrénée. Une usure dévorante est venue encore accroître le mal... A tout cela il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce •devenus le partage d'un petit nombre de riches et d'opulents, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires (M. »

(') LÉON XIII, Encyclique Rerum iiovarum, 16 mai 1891. — Cf. Lettres Apostoliquei <de Léon XI H, Edit. de la Bonne-Presse, T. III, p. 18-21.

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