II. NATURE DU PLAISIR DU BEAU (M
Le plaisir, d'après Aristote, est lié à l'exercice de l'activité (Ps. 20). Chaque espèce de plaisir est l'effet d'une espèce d'acte particulier. Quel est donc l'acte qui produit le plaisir du beau ? C'est la perception. C'est ce qui fait dire à saint Thomas : Pulchrum autem respicit vim cognoscitivam ; piilchra enim dicuntur quœ visa placent. Tout plaisir résulte de l'exercice normal de nos facultés, c'est-à-dire de leur exercice puissant et ordonné. Tout plaisir suppose donc une certaine convenance entre nos facultés et leur objet. Saint Thomas l'avait déjà remarqué, car il ajoute : Unde pulchrum in débita proportione consistit^ quia sensus delectatur in rébus débite proportionatis, sicut in sibi similibus (^). L'objet doit donc favoriser l'exercice normal des facultés, produire en elles un maximum d'' activité avec un minimum de fatigue.
Mais quelle différence sépare le plaisir esthétique des autres ? Pour résoudre cette question El. Rabier (*), à la suite de Kant, de Schiller et des esthéticiens anglais contemporains, distingue deux modes d'action de nos facultés :
1° L'activité désintéressée ; c'est l'activité sérieuse, le travail, qui poursuit un bien, un objet comme fin ; le plaisir résulte de la possession de l'objet ;
2° L'activité esthétique; elle est intéressée dHntention, désintéressée de fait : c'est l'activité de jeu. Elle ne se propose pas. d'atteindre une
(M Ch. Mouhre, Le Senlimenl esthétique, dans Annales de Philosophie chrétienne, mai 1898, p. 214-220.
(=) Saint Thomas, Summa théologien, 1» P., Q. V, Art. IV, ad l""». (^) Radier, Psychologie, Ch. xxxvi, Sect. III.