LE VRAI, LE BIEN, LE BEAU
2° Le BIEN EST DISTINCT DU BEAU (^) : sans doute le beau doit être bon (^) ; autrement il manquerait d'ordre et n'exciterait pas l'admiration. Mais la bonté, que suppose le beau, n'est pas la perfection extrinsèque de l'être, c'est-à-dire ce qui dans l'être peut améliorer les autres^ ce qui le rend utile. C'est sa perfection intrinsèque, c'est-à-dire la convenance de ses parties entre elles et avec le tout, la conformité à sa loi, à sa fin, parce que le beau provoque une satisfaction désintéressée. — Cependant il ne faut pas identifier le beau et le bien (c'est la tendance des Grecs : xo xaXoxàyaOo'v), car :
a) Tout objet bon n'est pas beau : vg. toute fleur, qui réalise le type de son espèce, est bonne en soi, mais n'est pas belle si elle n'atteint pas un certain degré de splendeur. Moralement, bien des actes sont estimables, sans être beaux.
b) Le bien apparaît comme obligatoire : la beauté n'emporte avec elle aucun caractère d'obligation (Mgr., 39).
c) Certains ajoutent cette troisième diiïérence : On juge autrement du beau et du bien. Tout jugement sur la bonté ou perfection intrinsèque d'un être suppose au préalable la notion expresse de ce qu'il doit être, de sa nature, de sa loi. Pour le beau, il n'en va pas ainsi : on juge, non d'après un concept, un idéal antérieur, mais d'après le sentiment esthétique qu'il nous fait éprouver. — D'autres rejettent cette différence et, ce semble, avec raison. L'origine de Vidée du bien et de Vidée du beau est semblable : V expérience interprétée par la raison. Des sentiments et des jugements moraux spontanés l'esprit dégage par l'abstraction l'idée du bien et la généralise. De même pour l'idée du beau, elle est dégagée par la raison des sentiments et jugements esthétiques instinctijs. Donc, dans les deux cas, on commence par juger du bien et du beau, d'après le sentiment que les objets bons et beaux produisent en nous ; ce jugement est spontané, instinctif, confus. C'est en élaborant cette matière que la raison arrive à former l'idée abstraite et générale du bien ou du beau ; quand cet idéal moral ou esthétique est nettement conçu, il sert à contrôler les jugements spontanés, que provoque naturellement en nous la vue du beau et du bien, et nous permet de les transformer en jugements réjlécliis. On doit en dire autant de l'origine de Vidée du vrai. L'erreur de ceux qui admettent cette troisième différence entre le bien et le beau, vient d'une confusion entre les actes spontanés et les actes réfléchis.