LE VRAI, LE BIEN, LE BEAU
sensibilité ; — le beau tout ensemble à V intelligence^ à la volonté et à la sensibilité : de là vient la supériorité du plaisir esthétique : le beau met en mouvement toute l'activité humaine.
B) Le vrai c'est l'être en tant qu'intelligible ; — le bien, en tant que convenable, désirable ; — le beau en tant qn'' admirable.
C) Le vrai c'est ce qui, étant connu, est affirmé ou ajfirmable ; le beau, c'est ce qui, étant connu, plait.
Le bien et le beau plaisent tous deux ; mais le bien plaît en tant qu'il convient à celui qui l'aime, en tant qu'il peut le perfectionner, lui être utile : le beau plait, en tant qu'il est connu. C'est la doctrine de S. Thomas : Ad rationem pulchri pertinet quod in ejus aspectu seu cognitione quietetur appetitus .... ; pulchrum addit supra bonum ordinem quemdam ad vim cognoscitivam ; ita quod bonum dicatur id quod simpliciter complacet appetitui ; pulchrum autem dicatur id cujus ipsa apprehensio placet {}).
IIL — De l'extension : tout être est vrai., car tout être est conforme à l'intelligence divine qui l'a produit ; — tout être a la bonté essentielle., car il a la perfection qui convient à sa nature ; mais aucun être n'a sa perfection complète et par conséquent n'est bon, avant d'avoir atteint sa fin, car il lui manque des perfections accidentelles. Tout être a la beauté essentielle, est beau en soi. Mais tout être ne nous semble pas beau. Pour le paraître, il faut qu'il présente un certain degré de splendeur qui nous frappe. Une belle vérité, ce ne sera pas une vérité banale : 2 -]- 2 =4, mais une vérité saisissante : le beau rationnel c'est la splendeur du vrai {^). Une belle action ce ne sera pas une action quelconque, quoique bonne : vg. donner un sou à un pauvre, mais une action éclatante : le beau moral, c'est la splendeur du bien. Nous avons montré que les éléments constitutifs de cette splendeur sont la puissance et Vordre (2, iv). Cf. Ontologie, Ch. ii, p. 470.
IV. — Des effets qu'ils provoquent : l'amour du vrai est le principe de la science ; l'amour du bien est le principe de la vertu ; l'amour du beau est le principe de Vart (Ps. 49, II, III).
Conclusion : le vrai, le bien, le beau trouvent en Dieu leur fondement et leur réalisation parfaite ; de là leur étroite connexité. Ce
(') s. TuoMAi?, Summa Iheologica, 1' ■2•^ Q. XXVII, A. I, ad ^m". Cf. I» P., Q. V, Art. IV, ad l""i.
C) Bossuet parle de « beaux principes «, et, avec raison, car, pour une intelligence pénétrante, qui saisit les nombreuses conséijuences qu'ils contiennent implicitement et qui en découlent rigoureusement, les principes ont les deu\ caractt^res du beau : la puissance ou ampleur à cause de l'étendue indéfinie de leurs applications: l'ordre, à cause de la rigueur des déductions.
(6) LE BEAU, l'utile, l' AGRÉABLE 387
sont les trois aspects divers, sous lesquels notre intelligence conçoit Dieu, Vérité, Bonté et Beauté absolues (^).