LE BEAU, L'UTILE, L'AGRÉABLE
Nous avons défini le bien en général : ce qui convient à un être, ce qui le perfectionne. Or une chose peut convenir à l'homme soit :
I. — Par elle-même : et cela de deux façons : l^ en tant qu'elle perfectionne la nature de l'homme, et c'est le bien en soi, le bien honnête, ce qui convient à la nature raisonnable ; — 2° en tant qu'elle plait, et c'est Vagréable.
II. — En raison d'un autre bien qu'elle peut procurer à l'homme, et c'est Vutile. Le bien se divise donc en bien : honnête, agréable, utile. L'honnête et l'agréable peuvent être recherchés comme fins, parce qu'ils sont aimables, désirables en eux-mêmes ; l'utile a le caractère de moyen.
A) Utile : 1° Tout ce qui est utile n'est pas beau : vg. quoi de plus utile qu'une marmite, dit Platon dans VHippias, et quoi de moins esthétique ?
2" Tout ce qui est beau n'est pas utile : à quoi peuvent servir un tableau, une statue, un chant, un poème pour la vie pratique ? Ils ne servent qu'à satisfaire le goût du beau.
30 Un même objet peut être beau et utile : vg. une coupe délica» tement ciselée peut être à la fois commode et admirable. Sans doute, mais sous des rapports différents : on ne goûte la beauté d'un objet qu'en faisant abstraction de son utilité : vg. un bois sera beau pour le peintre qui le contemple et veut le reproduire sur la toile ; il ne Test pas pour le propriétaire qui en escompte déjà le bénéfice futur.
40 L'utile excite le désir de posséder l'objet pour en tirer avantage, il entraine l'idée de recherche égoïste et d'intérêt personnel. Le beau éveille un sentiment désintéressé. L'utilitaire est un calculateur ; l'esthète est un contemplatif.
La raison de cette opposition, c'est que l'objet utile est un moyen pour atteindre une fin distincte de lui-même, tandis que l'objet beau a le caractère de fin : il vaut et plaît immédiatement par lui-même.
B) Agréable : on a outré la distinction entre le beau et Tagréable. Le sentiment du beau est un plaisir : le beau c'est ce qui plaît en tant que connu ; il est -donc agréable. Oui, mais ce n'est qu'une espèce du genre agréable. Tout ce qui est beau plait ; mais tout ce qui plait n'est pas beau : vg. tel fruit peut être délicieux au goût et désagréable à la
( ') Cousin, Du vrai, du beau et du bien, IV''. VII«, XVI'' Leçons.