LE BEAU, LE GRACIEUX, LE JOLI
vue. Il faut donc déterminer quelle est, dans le genre agréable, la dijférence qui spécifie le plaisir du beau. Nous avons distingué deux sortes d'activités (1, § II) : activité sérieuse (travail) ; activité esthétique (jeu). Deux sortes de plaisirs y correspondent : à la première, les plaisirs qui résultent de la réalisation des fins désirées, de la possession des objetsutiles ou botis ; — à la seconde, les plaisirs qui résultent du déploiement facile, puissant et harmonieux de nos facultés cognitives, mises en jeu par des objets beaux. Le genre agréable comprend donc deux espèces de plaisirs : 1» le plaisir lié à la satisfaction d'un besoin physique, intellectuel ou moral : c'est le plaisir utilitaire ; — 2» le plaisir lié à la contemplation désintéressée des choses : c'est le plaisir du beau. C'est pourquoi rutile et l'agréable utilitaire exigent la réalité de leur objet, condition d'une consommation réelle ; le beau peut se contenter d'un objet imaginaire : la forme, V apparence lui suffisent, parce qu'elles suffisent à î'acte idéal de la contemplation. — On comprend aussi pourquoi on ne dit pas de belles odeurs, de belles saveurs, mais de belles couleurs, de beaux sons ; c'est que dans le premier cas l'élément représentatif est presque nul, tandis que dans le second il est prédominant (Ps. 28, B).