‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 345 sur 604 · B. — FICTION ET IDÉAL · texte numérisé non relu

B. — FICTION ET IDÉAL

La fiction n'a pas de lois ; elle défigure la nature ; elle est en dehors de la réalité. C'est une combinaison arbitraire et capricieuse d'éléments empruntés à la nature : vg, un centaure. L'idéal est une beauté plus parfaite que la réalité ; il est au-dessus de la nature, mais dans le même sens qu'elle : c'est la nature dégagée de ses imperfections. Ils diffèrent par :

(>) Cf. G. Sortais, L'Esthétique de Masaccio, dans Études philosophiques et sociales, Ch. vui, p. 389-401.

(15) LES GRANDES LOIS DE l'aRT 401

I. — Leurs fins : la fiction s'adresse à V iinagination et aux sens pour les amuser ou les éblouir. — Le but de l'idéal, c'est de procurer un plaisir profond et durable, le plaisir de la sensibilité morale et celui de la raison qui reconnaît dans l'idéal une image de son objet suprême, le vrai absolu et parfait.

II. — Leurs causes : a) Fiction : elle est due à V imagination comhinatrice disposant à son gré les éléments que lui fournit le monde réel (Ps. 122). La fantaisie, la caricature, le merveilleux sont les procédés habituels de la fiction. On la trouve dans les féeries, les romans de cape et d'épée, les comédies d'intrigues, etc.

b) Idéal : c'est l'œuvre de V imagination créatrice. Les procédés d'idéalisation sont le choix^ V assemblage., la transcendance (12). On peut citer comme exemples d'idéal : le Cid., Polyeucte, le çieil Horace de Corneille ; VAndromaque de Racine ; V Avare, le Misanthrope de Molière.

III. — Leurs caractères : a) la Fiction peut être invraisemblable, extravagante, contraire aux lois de la nature; — 1' Idéal est logique et naturel, car l'idéal d'un être se compose des éléments essentiels qui le constituent ; sa beauté lui vient de la grandeur et de Vordre de ses éléments. Aussi, bien que plus parfait que le réel, il ne lui est pa-s opposé : en somme, il est le réel lui-même, plus puissant et mieux ordonné.

b) L'Idéal élève l'esprit et échauffe le cœur, puisqu'il remue puissamment toutes les facultés de l'âme. — Souvent, rien n'est froid et sec comme la Fiction, l'allégorie.

Conclusion : les arts ne peuvent se passer de l'imitation et de l'idéal ; mais la fiction ne leur est point nécessaire. Elle peut même leur nuire, surtout quand il s'agit de peindre la vie humaine, comme dans les romans. L'idéal nous montre un but élevé, mais possible et raisonnable ; la fiction peut jeter dans un monde de chimères, qui dégoûtent des réalités austères du devoir, nous faisant oublier, selon le mot connu, que nous « avons à cultiver notre jardin ».

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