‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 368 sur 604 · C - ARGUMENTS DES SCEPTIQUES · texte numérisé non relu

C - ARGUMENTS DES SCEPTIQUES

I. — Faiblesse de l'esprit humain : toutes les choses soiit liées les unes aux autres et soumises au déterminisme. Pour en connaître une, il faudrait les connaître toutes, ce qui est impossible. Donc nous ne pouvons rien connaître. Ainsi raisonnent certains Sceptiques.

Réponse ; a) Cet argument est contradictoire, car un pyrrhonien n'a pas le droit de postuler le déterminisme universel, c'est-à-dire l'enchaînement et la liaison de toutes choses.

b) Dans l'ordre spéculatif, il n'est pas exact que tout soit nécessairement lié à tout. Les vérités les plus générales sont indépendantes de celles qui le sont moins : vg. on peut apprendre les Mathématiques sans savoir la Physique.

c) Dans l'ordre réel, il en est autrement : les êtres et les faits dépendent les uns des autres. Cependant on n'a pas le droit d'en conclure avec les Sceptiques que nous ne pouvons absolument rien connaître d'aucune manière ; mais seulement qu'on ne peut rien connaître d'une

C) Cf. V. Bhochard, Les Sceptiques grecs, L. I, III, IV. Paris, 1887.

façon adéquate. De ce que nous ne savons le tout de rien, il ne s'ensuit donc pas que nous ne savons rien du tout.

II. — Erreurs de l'esprit : l'esprit humain se trompe quelquefois ; qui nous prouve qu'il ne se trompe pas toujours ?

Réponse : si l'on sait qu'il s'est trompé, c'est qu'on a vu que quelquefois aussi il ne s'est pas trompé. — Ici encore la conclusion dépasse les prémisses : de ce que nous nous trompons som'ent, il ne suit pas que nous nous trompons toujours.

III. — Contradictions de l'esprit : de siècle à siècle, de peuple à peuple, d'école à école, d'individu à individu, on constate des contradictions, dans l'ordre des connaissances spéculatives, comme dans l'ordre des connaissances morales {Le Scepticisme moral. Cf. Morale, 12).

Réponse : la contradiction n'est ni absolue, ni universelle. L'esprit humain a toujours admis certains principes généraux et nécessaires qu'aucun homme en son bon sens n'a jamais niés : vg. Ce qui est, est ; il faut faire le bien, etc. La diversité provient non de la raison elle-même, mais de la variété des données sur lesquelles elle s'exerce, et des passions dont elle subit l'influence. (Logique, Causes de Verreur, 124).

IV. — Diallèle (<?{' àXXT^Xojv, l'un par l'autre) : il est impossible à la raison de démontrer sa véracité sans cercle vicieux, car toute démonstration doit se faire à l'aide de preuves. Or qui montrera la valeur de ces preuves, si ce n'est la raison elle-même ?

Réponse : cet argument est exact. Aussi le Dogmatisme prétend que la valeur de la raison est, comme celle de la conscience, indémontrable, mais en même temps inattaquable, car on ne peut la révoquer en doute sans la supposer. Toute discussion, en effet, est un exercice de la raison dont on suppose préalablement la véracité.

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