‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 376 sur 604 · B. — CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE · texte numérisé non relu

B. — CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE

L — But : elle a pour but de constituer la Morale comme science et de fournir une base à la Métaphysique. Nous pouvons non pas avoir une science métaphysique, mais des croyances métaphysiques fondées sur la Morale. L'existence des noumènes est un objet non de science (c'est-à-dire ne peut être démontrée) mais de foi : « Je dus donc abolir le savoir afin d'obtenir une place pour la croyance (^). » La Morale est donc le fondement de la Métaphysique et de la Théologie (Logique, 120, § II, B. Morale, 6).

II. — Exposé : la critique de la raison pratique commence par constater dans l'àme l'existence du devoir, de l'impératif catégorique, qui s'impose à toute volonté raisonnable. Nous avons en effet conscience du devoir, c'est-à-dire d'une loi qui commande ce qui doit être, sans égard à ce qui a été, est ou sera. Elle est par conséquent intemporelle, La seule chose absolument et immédiatement certaine, c'est donc le devoir. Le reste peut se discuter, est hypothétique, mais le devoir commande sans réplique.

La volonté pose le devoir et se l'impose : elle est autonome. La volonté est donc libre, car la conséquence du devoir, c'est le pouvoir : Je dois, donc je peux. La liberté est ainsi un postulat de la raison pratique : nous avons dans l'existence évidente du devoir une raison pour sortir du doute, où nous avait laissés la croyance de la raison spéculative.

Nous pouvons affirmer de même l'existence de l'âme et celle do Dieu ; car la Morale exige que la justice soit accomplie, que le bonheur

(') Kant, Critique de la raison pure. Préface de la 2^ édit., page 29 de la Traduct. Tremesaygues et Pacaud.

s'accorde en définitive avec la bonne volonté. Or ce résultat ne peut être obtenu que si l'on admet la survivance de l'âme et l'existence de Dieu.

La liberté., V immortalité de Vâme et Vexistence de Dieu., que la Métaphysique ne peut démontrer, reparaissent donc comme des postulats de la loi morale, et c'est ainsi que la Critique de la raison pratique relève ce que la Critique de la raison pure avait abattu (Morale, 10, § III ; 42).

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