I\ . — L'IDÉALISME MÉTAPHYSIQUE
A) Position de la question : l'Idéalisme critique de Renouvier cherche à résoudre le problème de la connaissance par la suppression de l'un de ses termes. Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas un objet en soi, le sujet ne l'atteint pas, il n'en saisit que l'apparence subjective. On ne doit pas se mettre en peine d'une chose en soi qui corresponde à cette apparence, car cette chose en soi, même s'il s'agit du moi se connaissant lui-même, n'est pour nous qu'une simple apparence. Dans ce système, comme dans toute solution phénoméniste, l'objet est sacrifié au sujet.
Cette suppression arbitraire de l'objet ne résout pas la vraie difficulté du problème de la connaissance, qu'on peut formuler ainsi : dans les cas mêmes où l'on ne suppose pas d'objet réel distinct du sujet (^), la connaissance a pour caractéristique V opposition de deux termes logiques : le sujet connaissant et l'objet connu. Car connaître, c'est connaître quelque chose. La connaissance implique donc une dualité irréductible. Par le fait même que la connaissance a pour terme inévitable un objet, elle pose autre chose qu'elle-même, elle oppose Pêtre au connaître.
Cette dualité semble aux Idéalistes incompatible avec « le principe si essentiel de l'unité de l'univers « (Dunan). Pour le maintenir, ils prennent le Phénoménisme comme point de départ ; mais, poussant plus loin, ils visent à identifier complètement Vêtre et le connaître.
B) Formes diverses de l'Idéalisme métaphysique :
I. — Monisme psychobiologique : un certain nombre de naturalistes : vg. Wagneh, France, Pally, assimilent à la pensée l'activité de tous les organismes vivants, par conséquent les opérations de la vie végétative elle-même.
Les êtres dits inconscients, remarquent ces naturalistes, déploient une activité merveilleusement finalisée qui exige évidemment l'inter-
( ') Quand le sujet .se connaît lui-même, il faut bien admettre que l'objet connu est réel.
(8) RELATIVISME : § IV. — l'idÉALISME MÉTAPHYSIQUE 443
vention de l'intelligence. Il faut donc admettre en eux une raison immanente. C'est la Théorie de V intelligence organique.
Nous concédons à ces psychobiologistes que l'être vivant manifeste une finalité évidente ; mais nous nions la conclusion qu'ils en tirent. Assurément l'intervention de l'intelligence est nécessaire pour expliquer l'admirable finalité des organismes vivants ; mais il n'est pas nécessaire que cette intelligence soit immanente aux êtres qui atteignent sûrement leur fin. De même qu'une machine bien construite réalise, sans le connaître, le but que lui a fixé le constructeur, ainsi les organismes vivants réalisent le plan tracé pap l'intelligence du Créateur, sans qu'il soit besoin de supposer en eux aucune conscience ou connaissance se rapportant à la fin qui leur est imposée et aux moyens de l'atteindre.
II. — Pampsychismc : certains philosophes, comme Wundt, Paulsen, Lacïielier, Dunan, Hamelin, Ed. Le Roy, étendent à tout l'univers, par conséquent même aux êtres inanimés, le psychisme que les psychobiologistes n'appliquent qu'aux êtres vivants. Apportons quelques textes :
« L'Idéalisme ne consiste pas seulement à croire que les phénomènes ne peuvent exister que dans une conscience : après l'Esthétique transcendantale, cela ne fait plus question ; il consiste à croire que les phénomènes ne sont donnés, même dans une conscience, qu'au moment et dans la mesure où elle se les donne, qu'ils ne sont, en d'autres termes, que des représentations actuelles et non des phénomènes en soi... » (^).
(( ...Si le grand Sirius, celui des astronomes, n'existe pas, où donc est le Sirius qui existe ? Car il faut bien qu'il en existe un. Le Sirius qui existe c'est celui de la représentation, le point qui brille là-bas à 150 mètres de l'observateur. Cela est étrange et même extravagant, dira-t-on peut-être. Non, cela est rationnel et nécessaire à admettre. (^)u'il faille rejeter la supposition d'une matière existant en soi en dehors de toute conscience, c'est une vérité dont la démonstration n'est plus à faire. Parmi les philosophes contemporains il en est bien peu qui n'acceptent pleinement la formule de Berkeley : Esse est percipi. Nous disons, nous : E?is est quod percipitur. L'audace n'est pas grande assurément de présenter cette seconde formule à ceux qui ont déjà admis la première, car elles sont rigoureusement et de tout point équivalentes. »
Nous disons, nous : « Oui, cela est étrange et même extravagant. » Pour le voir, il suffit de lire les explications que l'auteur ajoute au texte précédent : « Est-ce que, se demande-t-il, réduire Sirius à un point situé à 150 mètres, et faire tenir toute la nature dans ce que je perçois actuel-
( M J. Lachelieh, Lettre à G. Smilles, dans La Philosophie de Luchelier, par G. Séailles, p. 161-165, Paris, 1920. — Cf. Le Fondement de l'Induction.