RELATIVISME : § IV. — l'idéalisme métaphysique
lement et dans ce que je conçois imaginativement comme réel, ce n'est pas lui faire une odieuse injure ? Pas du tout. Que donne-t-on à la nature en lui donnant de la grandeur spatiale ? Rien. Plus de matière brute inerte n'est pas un gain, parce que la matière brute et inerte est zéro au point de vue qualitatif, le seul qui compte. En perdant l'immensité de sa masse pour devenir un point lumineux tout proche de nous, Sirius ne perd donc rien qui vaille quelque chose. Mais il gagne infiniment du seul côté où il soit vraiment intéressant de gagner ; car il pose l'autre Sirius, non plus comme une masse de matière brute, mais comme une vérité scientifiquement intelligible ; et, du même coup, il pose tout ce que cette vérité implique, tout ce qui nous est nécessaire pour la découvrir, les mathématiques et la physique entières, toute la science et tout l'esprit humain (^). « Après ces explications, d'une candeur philosophique déconcertante, qui donc pourrait trouver raisonnable « cette solution du p~roblème » de la connaissance « consistant à identifier tous les corps avec nos sensations » {^) ?
« Il faut concevoir la pensée comme une activité créatrice qui produit à la fois l'objet, le sujet et leur synthèse ; plus exactement, car il ne faut rien mettre sous la conscience, la pensée est ce processus bilatéral lui-même, le développement d'une réalité qui est à la fois sujet et objet, ou conscience... La représentation, contrairement à la signification étymologique du mot, car il faut bien emprunter les mots au sens commun, ne représente pas, ne reflète pas un objet ou un sujet qui existeraient sans elle : elle est l'objet et le sujet, elle est la réalité même. La représentation est l'être et l'être est la représentation (^). »
Les arguments apportés contre le Phénoménisme valent a fortiori contre VIdéalisme métaphysique.
IIL — Intuition, qui aboutit à l'identification absolue de Vêtre et du connaître. C'est chez Bergson que VIdéalisme métaphysique est le plus radical. On peut le résumer dans les propositions suivantes (Cf. PsYCH., 86, I) :
1° La connaissance est déjà dans les choses. — On a vu que la dualité entre le sujet connaissant et l'objet connu est une nécessité inéluctable.
2° La représentation est moins que la simple existence. Elle n'est qu'une coupe faite dans Vensemble des images, en vue de Faction.
(') Ch. Dunan. Lfis deux Idénlismes, Ch. i, § IV, p. 49-50, Paris, l'ail.
{') Ch. Dunan, Essais de Philosophie générale, n. 312, p. 542, Paris, 1902». — « Qui nous^blige ;i faire des corps des objets pour la pensée ? Pourquoi le réel, au lieu d'être (luelque chose d'autre que nos perceptions, et quelque cho se que nos perceptions nous feraient connaître, ne serait-il pas nos perceptions mêmes ? » (Ibidem, n. 311).
(l) O. Hamelin, Essai sur les Élénienls prinripaux de la représentation, Ch. v, § 2, p. 343-344, Paris, 1907. La doctrine d'Ilamclin a une " étroite analogie » avec celle de Bergson, comme il le dit lui même, Ibidem, p. 344, note 1.
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a) Si la connaissance n'est pas déjà dans les choses, il faut direque la représentation est plus que la simple existence, puisqu'elle y est surajoutée.
b) Ce qui est vrai, dans la seconde assertion, c'est que souvent notre connaissance néglige le côté théorique de la pensée pour s'adapter aux exigences de l'action. Cependant, il est faux de prétendre que perceptions et concepts n'ont jamais aucune valeur de connaissance, mais sont toujours disposés en vue de l'action.
3°) Seule V intuition atteint le réel en identifiant le moi connaissant et Vohjet connu. Toute connaissance, où se distinguent encore le sujet et l'objet, n'est donc qu'une « coupe » faite dans la connaissance totale, en vue de l'action. Ce n'est là qu'une connaissance à l'état imparfait. La connaissance parfaite ne se réalise que dans cet acte privilégié que Bergson appelle V intuition. Quand on est arrivé là, l'image moi, ne faisant plus « écran » dans l'ensemble des images, coïncide avec le monde. C'est la connaissance dans sa pureté absolue, parce que toute opposition entre la conscience et l'objet a disparu, toute dualité a cessé. C'est V identification parfaite du connaître et de Vêtre.
L'intuition est aussi, selon nous, l'acte le plus parfait de la connaissance ; mais par intuition nous entendons une connaissance immédiate, où \q ^\\]ei, conscient de lui-même, atteint, sans intermédiaire, l'objet réel tel qu'il est. C'est de la sorte que le moi se saisit lui-même. (Psych. 68, 71). ijintuition bergsonienne est, au contraire, la négation même de la connaissance. En eiïet, tant que la conscience persiste, on s'approprie la connaissance actuelle, on fait une coupure dans l'ensemble des images ; il y a donc toujours opposition entre le sujet et l'objet. Or, comme la connaissance parfaite ou intuition n'a lieu, d'après Bergson, qu'au moment où le connaître s'identifie avec l'être, il s'ensuit que la connaissance n'arrive à la perfection qu'en cessant d'être connaissance, c'est-à-dire en cessant d'être elle-même pour n'être plus que l'être.
Conclusion. — C'est en vain que l'Idéalisme métaphysique, en quête de l'unité parfaite, la cherchera parmi les êtres contingents et finis, parce que le dualisme du sujet et de l'objet est une suite nécessaire de leur imperfection essentielle. Même lorsque le sujet se connaît lui-même, ce dualisme logique du connaissant et du connu persiste. L'identification du connaîtra et de l'être ne peut trouver sa réalisation que dans la simplicité de l'Être infiniment parfait. Mais « l'Intelligence infinie elle-même, malgré la simplicité absolue de son être et de sa connaissance, et bien qu'elle épuise toute l'intelligibilité des êtres finis et n'y rencontre rien d'opaque, ni d'impénétrable pour elle, ne peut cependant voir ces êtres que comme ils sont : Dieu les voit donc distincts de Lui, dans la pauvreté, mais aussi dans la propriété de leur être
participé. On le voit, la perfection absolue de la connaissance, si elle exige la parfaite pénétration de l'objet par l'intelligence, ne réclame pas le moins du monde l'absorption réelle de l'objet par le sujet. Dès lors, il faut admettre que le dualisme du sujet et de l'objet n'est pas opposé à la notion même la plus pure et la plus parfaite de la connaissance (^). »