IV. — Nature du principe vital
( ') Aristote, Physique. Cf. le Commentaire de saint Thomas. — Suarez, Disputationes metaphysicœ, L, LI. — Descartes, Les principes de la philosophie. — Hume, Traité de la nature humaine. — S. Mill, Examen de la philosophie de Hamilton, Ch. x, xi, xiii. — E. Navillk, La physique moderne. — J.-B. Stallo, La matière et la physique moderne. — L. BiiCHNER, Force et matière. — L. Dauriac, Des notions de matière et de force dans les sciences de la nature. — Kant, Histoire du ciel. Critique du jugement. — A. Laugel, Les problèmes de la nature. — Renouvier, Essais de critique générale, III', Le principe de la nature. — Cl. Bernard, Leçons sur les phénomènes de la vie. — E. Chauffard, La vie,
— Denys Cochin, L'évolution et la vie. — F. Le Dantec, Théorie nouvelle de la vie. — A. Hannequin, Essai critique sur l'hypothèse des atomes dans la science C07itemporaine.
— Alb. de Lapparent, Cristallographie, Revue-de philosophie, Dec. 1900. — P. Duhem, Ln 7iolion du mixte et la combinaison chimique. — L. Couturat, Essai critique sur l'hypothèse des atomes dans la science contemporaine, Revue de Métaph. et de Morale, nov. 1896 ; janvier-mars 1897. — F. Bouillier, Le principe intal et l'âme pensante. — Lemoine, L'animisme de Stahl. — Ch. Dunan, Le problème de la vie. Revue philosophique, 1892, p. 1 ; 136 ; 519. — P.-B. Lacomhe, Théories physiques. Revue thomiste, 1893; p. 677 ; 1894, p. 94. — M. -P. DE MuNNYNCK, Propriétés essentielles des corpsbruts, Revue thomiste. mai 1900. — M. Bertiiei.ot, La synthèse chimique. — Ad. Wurtz, La théorie atomique. — H. Spencer, Principes de biologie. — A. Fouillée, L' évolutionnisme des idées-forces. — .St. de Backer, Institutiones metaphysicse specialis. — D. Palmieri, Institutiones philosophicœ, T. II. - — S. Schiffini, Disputationes metaphysicse specialis, T. I. — J. Urraburu, Institutiones philosophicse, T. III. — J. Mendive, Institutiones philosophicœ scolasticse, T. III. — T. Pesch, Institutiones philosophiœ naiuralis. — El. Blanc. Traité de philosophie
(36) PRINCIPALES FORMES DE l'iDÉALISME 497
ARTICLE I. — EXISTENCE DU MONDE EXTÉRIEUR 36. — PRINCIPALES FORMES DE L'IDÉALISME (i)
Le mot Idéalisme est employé en plusieurs sens. Mais on entend communément par là la doctrine qui nie l'existence objective du monde extérieur. Indiquons-en les principales formes :
I. — Idéalisme immatérialiste de Berkeley : l'idéalisme de Berkeley consiste dans la négation des réalités matérielles et des vérités sensibles. Voici ses raisons. La substance matérielle, qui est censée exister sous les qualités premières ou secondes de la matière, est incompréhensible et inconcevable, car :
a) Les qualités secondes de la matière, saveur, couleur, etc., ne sont que des modifications de notre esprit.
h) Les qualités premières, l'étendue et la résistance, ne sont connues que par l'intermédiaire des qualités secondes. Les corps ne sont donc qu'une fiction métaphysique ; leur être consiste à être perçu : Esse est percipi. Berkeley conclut que, nos impressions sensibles ne pouvant venir du dehors, nous sont données par Dieu ; qu'il n'y a aucun être corporel, mais seulement des esprits (Ps., 90). Voilà pourquoi on appelle aussi son système V Immatérialisme.
acolastique, T. II. — M. d'Hulst, Mélanges philosophiques. — J. Kleutgen, La Philosophie scolastique. Dissert. VII. — Ém. Blanchard, La vie. — M. Liberatore, Le composé humain. — P. Vallet, La vie et l'hérédité. — J. Gardatr, Corps et âme. — Alb. Farges, La vie et l'évolution. Mati(>re et Forme. — Yves Delage, La structure du protoplasme et les théories de l'hérédité. — Vallery-Radot, Vie de Pasteur. — H^-eckel, Histoire de la création naturelle. — J. Duclaux, La chimie organique. — Ch. Huit, La philosophie de la nature. — Pioger, Le monde physique. La vie et la pensée. — L. Bourdeau, Le problème de la mort. Le prohlhmc de la vie. — E. Ferrière, La matière et l'énergie. — D. .Mercier, La définition philosophique de la vie. Revue des Questions scientifiques, 1892, T. II, p. 398-466. — O. DE Sanderval, De l'absolu : la loi de la vie. — P. Vignon, La notion de force. — Saint-George Mivart, Le Monde et la Science {Trad. par F.. Second). — Th. -H. Martin, La Philosophie spiritualiste de la nature. — P. Duhe.m, Les Théories de la chaleur. Revue des Deux Mondes, 1895, T. CX.XIX, CXXX. Quelques réflexions nu sujet des Théories phijsiques, dans la Revue des Questions scientifiques, 2" Série : T. I, 1892. Physique et Métaphysique, Ibidem, T. IV, 1893. Quelques réflexions au sujet de la Physique expérimentale, Ibidem, T. VI, 1894. L'évolution des Théories physiqiies du XVII" siècle jusqu'à nos jours, Ibidem, T. .X, 1896. — A. Dastre, Les agents impondérables et l'éther, Revue des Deux Mondes, 1''' oct. 1901, p. 649 et sq. La vie et la mort. — P. Duhem, La Théorie physique, son objet et sa structure. — Alb. de Lapparent, La Science et l'Apologétique. — A. Rivaud, Le Problème du devenir et la notion de la matière dans la philosophie grecque depuis les origines jusqu'à Théophraste. — D'' J. Grasset, Les litniles de la biologie, — G. Rageot, Les résultats de la Psychophysiologie, Revue des Deux Mondes, 1'^' sept. 1906. — Renouvier et Prat, La nouvelle Monadologie. Le Personnalisme. — F. le Dantec. Les limites du connaissable, L'unité dans l'être vivant. — L. De San, Inslilutiones Metaphysicœ specialis. — A. Aliotta, La misura in psicologia sperimentale.
( ') A. Fouillée, Le mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive. — Ém. Boirac, L'idée du phénomène. — J.-J. Gourd, Le phénomène.
498 PRINCIPALES FORMES DE l'iDÉALISME (36)
Critique : nous avons vu en Psychologie (95, 96) que les qualités sensibles sont significatwes des qualités existant en dehors de nous. Si rien de semblable ne correspond dans les corps à la perception que nous en avons, il ne s'ensuit pas que rien de réel n'y corresponde : les qualités sensibles étant des effets réels supposent une cause réelle. Cette cause n'est pas en nous, elle est donc hors de nous. Mais ce ne peut être Dieu, car il serait contraire à sa sagesse et à sa véracité de nous rendre dupes d'une illusion invincible. Gomment concevoir Dieu s'abaissant au rôle de prestidigitateur ?
II, — Idéalisme critique (^) de Kant : la doctrine kantienne fait une certaine part au réalisme : elle admet en effet, au delà des sensations, l'existence de choses en soi, de noumènes, qui provoquent les phénomènes et y correspondent. Mais la chose en soi demeure inaccessible à l'entendement, parce qu'il ne dispose pas d'intuitions intellectuelles auxquelles il puisse appliquer les catégories de substance, de cause, etc. Le seul objet de la connaissance ce sont les phénomènes <6, § A).
Critique .• Kant n'est donc pas absolument idéaliste. C'est vrai. Mais cet idéalisme partiel est illogique, parce que, comme on l'a déjà montré (6, § C, VI), Kant ne peut pas, sans se contredire, supposer que les choses en soi existent et qu'elles agissent sur nos sens. Dans son système, en effet, le principe de causalité, comme le lui avaient déjà reproché Beck et Jacobi, n'est pas applicable en dehors des limites de l'expérience : le kantiste ignore par conséquent s'il convient aux noumènes.
III. — Idéalisme absolu de Fichte : celui-ci n'a fait que tirer les conséquences virtuellement contenues dans la doctrine de Kant. D'après le Kantisme, la matière de la connaissance (les intuitions sensibles) vient du dehors, de la chose en soi ; l'esprit ne fournit que la forme qu'il imprime à la matière et en fait ainsi un objet de sa pensée. Mais, objecte Fichte, comment l'esprit peut-il sûrement imposer ses lois à une matière dont l'origine lui est étrangère ? Pour que l'esprit impose sûrement sa législation à la nature, il faut que tout ait sa source en lui, matière et forme : de la sorte les sensations subiront docilement l'action de la pensée. C'est pourquoi le rôle que Kant prête à la prétendue chose en soi, il faut l'attribuer à l'esprit lui-même qui par son activité instinctive produit ses propres sensations. Le véritable absolu c'est le moi ; le moi est la seule réalité. Le monde n'est pas un obstacle extérieur que le moi rencontre, comme dans les autres systèmes ; mais c'est une limitation que le moi se donne et à laquelle il s'oppose par cela même qu'il se pose.
(M Dans la première édition de la Critique de la raison pure, Kant appelle son idéalisme, iranscendantal ; c'est dans les Prolégomènes à taule métaphysique future..., qu'il le nomma critique.
(36) PRINCIPALES FORMES DE l'iDÉALISME 499*
Le non-moi n'est donc rien autre chose que la limite du moi, le choc que le moi subit dans le déplacement de son activité. Il n'y a plus en présence deux réalités hétérogènes et inaccessibles l'une à l'autre, mais une seule : l'esprit, dont le monde extérieur est la création.
Critique : le moi que je suis (et chacun est dans le même cas) n'a aucune conscience de cette activité créatrice du monde que Fichte s'attribue. Sans doute Fichte entend parler d'un moi absolu, dont le monde est la réalisation ; alors sa doctrine prend une forme panthéistique, que nous réfuterons en son lieu (88). — Quant à l'apparition du non-moi par un choc du moi, elle est inconcevable. « Comment le moi peut-il se choquer, s'il est tout seul ? Tout choc suppose une résistance. Le mouvement dans le vide n'est pas senti. Le moi aurait beau développer son activité à l'infini, rien ne pourrait l'avertir des différents moments ou degrés traversés par cette activité. Le non-moi doit doncavoir un fondement réel aussi bien que le moi. « (P. Janet).
IV. — Idéalisme phénoméniste de Hume et de S. Mill : si Hume et S. Mill conservent les mots de substance et de cause, ils en vident le coiitenu et rejettent la chose. Pour eux il n'y a que des phénomènes groupés diversement d'après les lois de l'association. La notion de substance représente une collection, et la notion de cause, une succession de sensatl^ire. Ces notions ne sont pas applicables en dehors de la conscience. Ce qu'ils appellent monde extérieur, c'est donc un ensemble de sensations qui coexistent ou se succèdent d'une façon régulière.
Mais, quand les objets extérieurs ne sont plus représentés en nous par aucune sensation ou groupe de sensations, nous croyons cependant qu'ils existent : vg. je crois que Londres existe, même quand j'en suis éloigné. Comment s'explique cette croyance ? — S. Mill répond que l'ensemble des sensations qui constituent un objet restent possibles, même quand nous ne les éprouvons pas. Croire à l'existence d'un objet, en l'absence de sensations actuelles, c'est croire à des sensations possibles. De sorte que, en dernière analyse, le monde extérieur ou la matière sont ioiine possibilité permanente de sensation « (^). La croyance au monde extérieur n'est donc au fond qu'une forme subjective que les lois de l'association imposent à nos sensations. Notre esprit oublie que les possibilités permanentes ont pour fondement ses sensations, il finit par les détacher de lui-même et les objectiver comme des existences extérieures.
Critique : a) Nous avons déjà prouvé que la substance n'est pas une
(M S. Mill, La Philosophie de Ilnmilton, Cli. xi, p. '2-20. — - « ...L'esprit et la niatitM-f ne sont l'un et l'autre rien de plus que des possibilités permanentes de sentiment. " (Ibidem, Ch. XII, p. 231).
500 PREUVES DE l'existence DU MONDE EXTÉRIEUR (37)
collection de sensations, et que la causalité n'est pas une simple succession de phénomènes (Psych., 76).
b) L'explication, que S. Mill a imaginée pour rendre compte de la croyance au monde extérieur, est manifestement inadmissible. D'après le philosophe anglais, la sensation actuelle a pour cause la sensation antécédente. Mais, en l'absence de sensations actuelles, reste une possibilité de sensation. Or une possibilité de sensation, qu'est-ce sinon une sensation que je pourrais éprouver, mais qu'en fait je n'éprouve pas ? C'est une sensation qui n'existe pas ; c'est, par rapport à l'ordre réel, un zéro. Donc pour assigner sa cause à une sensation actuelle, il faut admettre, en dehors de notre conscience, non pas une simple possibilité de sensation, mais une réalité qui conditionne cette possibilité.
c) Dans l'idéalisme de S. Mill, l'illusion, qui nous fait croire à l'existence d'un monde extérieur, ne serait, en tout cas, possible qu'en présence des sensations actuelles, quelle qu'en puisse être la cause. Car que sont les événements qui se passent en notre absence ou avant l'apparition des êtres capables de sentir ? « Ce sont, répondrait S. Mill, les séries de sensations que nous aurions pu avoir et que nous aurions eues, si nous avions existé à cette époque. — Mais précisément nous ne pouvions pas exister à cette époque, ni nous ni aucun être sentant, par conséquent ces prétendues possibilités de sensations sont sTu fond des sensations impossibles (^). »