I. — MÉCANISME PHYSIQUE OU ATOMISME : ÉPICURE, GASSENDI
A) Atomisme de Démocrite, Épicure, Lucrèce : ils réduisent la matière à une agrégation de corpuscules à la fois étendus et physiquement insécables et que pour cette raison on appelle atomes (axouo;, insécable, de d, Te'fxvw, couper). Ces atomes sont durs, pesants, en nombre infini, et se meuvent dans le vide. Leur rencontre fortuite a formé les différents corps.
Critique : 1° Démocrite et Épicure ne disent pas en quoi l'atome consiste en lui-même ; la question posée n'est donc pas résolue.
2o L'atome par lui-même est inerte. Comment donc a-t-il pu entrer en mouvement ?
30 N'étant doué d'aucun pouvoir d'action ou de réaction, comment se fait-il qu'il soit dur et pesant ?
4" L'atome est à la fois étendu et indivisible. Cette assertion est contradictoire, car ce qui est étendu est composé de parties, et conséquemment divisible.
B) Atomisme de Gassendi : il a grandement modifié l' atomisme des Anciens. Comme eux, il admet l'existence du vide et reconnaît aux
( ') L. Mabilleau, Histoire de la Philosophie atomislique. — A. Mannequin, 1,'Hypothèse des atomes dans la Science contemporaine. — F. Joyau, Epicure, Ch. v.
atomes les propriétés suivantes : identité d'essence, solidité, impénétrabilité, indivisibilité.
Mais : a) pour Démocrite et Épicure, les atomes sont en outre éternels. — Pour Gassendi, ils ont été créés par Dieu qui pourrait les anéantir.
b) Épicure soutient que le mouvement est inhérent aux atomes et éternel comme eux. Le mouvement naturel des atomes est une chute, de haut en bas, dans le vide infini. Pour échapper au fatalisme, il leur attribue le pouvoir de s'écarter légèrement de la ligne droite, en vertu d'une activité spontanée. C'est le clinamen dont parle Lucrèce. — Pour Gassendi le mouvement des atomes et la force interne qui le produit viennent de Dieu. Sous l'impulsion de sa volonté les atomes évoluent et réalisent le plan du Créateur. Gassendi se montre finaliste résolu et n'a que faire du clinamen. Il a vu nettement la nécessité d'une loi interne qui préside au développement des choses. Mais il a tort de supposer que les atomes, une fois créés et dotés de leurs propriétés, forment, sans le concours divin, les combinaisons diverses d'où résulte le monde ordonné où nous vivons (^).
Les arguments, que Gassendi apportent pour prouver l'existence des atomes, n'ont rien d'apodictique {^).
Ce qui caractérise l'Atomisme de Gassendi, c'est qu'il est un mélange original de mécanisme et de djmamisme. « ...Le système de Gassendi est un dynamisme, en ce sens, que chaque atome contient en lui-même le principe de son mouvement et ne se contente pas d'en être le véhicule inerte et indifférent, comme le veut Descartes... Le mécanisme, comme nous devons l'entendre ici, c'est la liaison réglée., prévisible., nécessaire de tous les mouvements qui se produisent dans cet ensemble de forces [que forme l'ensemble des atomes] ; c'est la réduction de tous ces mouvements à une loi immanente, initiale, essentielle, dont les formes variées de l'évolution ne sont que de lointaines applications. En ce sens, Gassendi est-il mécaniste ? Il l'est si bien qu'on peut soutenir qu'il fut le premier à l'être non seulement sur tous les modernes, mais même sur tous les anciens. C'est lui qui a imaginé de ramener la finalité à n'être qu'une conséquence de la loi primordiale, et qui a ainsi trouvé le moyen de concilier la téléologie et le déterminisme (^) ».