‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 438 sur 604 · ARGUMENT TIRÉ DE L'IDENTITÉ DE LA PERSONNE · texte numérisé non relu

ARGUMENT TIRÉ DE L'IDENTITÉ DE LA PERSONNE

Le principe de la pensée est identique à lui-même dans le temps. « On ne définit pas, dit Paul Janet, l'identité personnelle ; mais on la sent (^). » Chacun de nous sait bien qu'il demeure le même à chacun des instants de la durée qui composent son existence (Psych., 71, I, A). Or l'identité personnelle est incompatible avec la matière qui est changeante.

L'identité personnelle ressort des faits suivants :

L — Raisonnement : tout raisonnement exige que le sujet qui pense reste le même à des moments différents. En effet, tout raisonnement est successif. Or supposons que je change aux divers instants de la durée.

■ — .T. DK BONMOT, L'âme el la physiologie. — A. Binet, L'âme et le corps. — L. BiiCHNER, L'homme selon la science. — G. Dumesnil, Le Spiriliinlisme. — H. Bergson, Matière el Mémoire. — E. Lubac, Esquisse d'un système de Psychologie rationnelle. — Roisel, L'idée spirilualiste. — Coste, Dieu et l'âme. — Th. Fu.\ck Bremano, L'homme el sa destinée. — HuLST (M. d'), Mélanges philosophiques, p. 99-211. — Alibert, La Psychologie thomiste et les théories modernes, II" P. — - Kl. Méric, L'autre vie. — L. Lescœur, La vie future. — Km. Charles, Éléments de Philosophie, T. II, Cli. liv et lix. — G. Fonsegrive, Éléments .de Philosophie, T. II, Métaphysique, Leç. XVI. — .T. Kleutgen, La Philosophie scolastique, Diss. VIII, Ch. m.

(•) P. Janet 'iraité élémentaire de Philosophie. Psychologie .Conclusion, Ch. i, n. 280.

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Si je raisonne, "je serai alors comme trois personnes dont l'une pense la majeure, l'autre la mineure, la troisième la conclusion. Je ne pourrai arriver à une démonstration, car il faut que les trois termes comparés soient perçus par le même sujet. Il faut donc que le sujet qui pense la conclusion soit identique au sujet qui a pensé les prémisses.

II. — Mémoire : Royer-Collard a dit avec raison : « Nous ne nous souvenons que de nous-mêmes (^). » On ne pourrait pas se souvenir de ce qu'un autre a fait, senti, pensé ou voulu. La mémoire suppose donc qu'il y a continuité entre le moi du passé et le moi du présent, c'est-à-dire l'identité personnelle (Psych., 107, § I, B).

III. — Responsabilité : on n'est responsable que de ses propres actes, ou si on l'est quelquefois de ceux des autres, c'est dans la mesure où on y a coopéré. Or comment concevoir la responsabilité des actes personnels, si le moi change aux différents instants de la durée ? Dans ce cas, le moi passé serait vraiment autrui, c'est-à-dire étranger pour le moi présent ; mais le moi n'est responsable que de ses propres actes. Il est donc impossible de comprendre la responsabilité sans l'identité personnelle.

Ainsi le raisonnement, la mémoire, la responsabilité exigent impérieusement l'identité personnelle, qui est un des traits caractéristiques de ce que l'on appelle l'esprit. Or il y a dans le corps humain un fait principal qui est le contraire du précédent : c'est ce qu'on nomme le tourbillon vital, l'échange perpétuel de matière qui s'opère entre les corps vivants et le monde extérieur. Comment concilier l'identité personnelle avec la mutabilité incessante du corps organisé ? Comment l'identique peut-il résulter du changeant ? Il faut donc conclure que le moi identique à lui-même, à tous les instants de la durée, est distinct du corps qui change continuellement. L'esprit est donc immatériel et simple, puisque le corps est matériel et composé.

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