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LA CONTINGENCE DU MONDE

IL — D'après Kant, le principe de causalité n'est applicable qu'à l'expérience. Ce principe nous permet seulement de rattacher un phénomène conséquent à un phénomène antécédent ; mais il ne nous autorise pas à nous élever au delà du monde phénoménal jusqu'à une réalité en soi, à un noumène.

Réponse : a) Générale : elle consiste à contester la valeur de la conception criticiste de la connaissance, dbnt Kant nous offre ici une application. C'est déjà fait (6, § C).

b) Spéciale : on a vu (Psych. 183, § A, IV ; Logique, 67, Sect. II, § A) qu'il y a" deux sortes de causalité : l'une empirique et' scientifique qui réduit la notion de cause à l'idée de phénomène antécédent et nécessaire d'un autre phénomène; l'autre psychologique et métaphysique, qui la ramène à l'idée cTêtre produisant quelque chose. Or de ces deux conceptions Kant n'accepte que la première, excluant arbitrairement la seconde. Il n'a pas le droit en effet de faire cette exclusion. Nous atteignons la véritable cause en nous-mêmes par la conscience : nous nous sentons produisant tel ou tel phénomène. Voilà l'origine première de la notion de cause et du principe de causalité que nous transportons par analogie en dehors de nous. La causalité, au sens complet du mot, telle que nous la révèle la conscience, est donc un être, une substance douée d'une énergie permanente : elle implique l'idée de production. Dans les sciences expérimentales, qui se bornent à établir des lois de succession, on entend par cause l'antécédent invariable d'un autre phénomène : elle implique l'idée de succession constante. On n'est plus en présence de la causalité proprement dite, mais d'une condition nécessaire et suffisante. C'est pourquoi le principe qu'on en dégage n'est pas le principe de causalité véritable ; c'en est plutôt la dégradation pour l'adapter au but des sciences expérimentales. Les savants parlent improprement, lorsqu'ils appellent cause un antécédent invariable : ils devraient dire condition. Concluons donc que le principe de causalité, entendu dans ce sens restreint et impropre, serait pour la preuve cosmologique une base insuffisante ; mais nous l'employons dans son sens plénier qui fournit à cette preuve un fondement solide. Or Kant n'a pas prouvé que cet emploi était illégitime ; bien plus, il a lui-même usé du principe de causalité, au sens plein, se mettant ainsi, il est vrai, en opposition avec sa propre doctrine (6, § C, VI). Mais cette contradiction montre combien l'usage en question «st naturel et nécessaire.

Remarque. — L'argument cosmologique prouve directement qu'il existe un être nécessaire et éternel. Bien que l'idée de perfection soit contenue implicitement dans la compréhension d'être nécessaire et éternel, cette inclusion n'est pas immédiatement évidente. Car il ne paraît pas répugner, à première vue, qu'on puisse concevoir un être nécessaire et en même temps imparfait. Témoin Platon qui, à côté de

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