‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 468 sur 604 · LE CONSENTEMENT UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LE CONSENTEMENT UNIVERSEL

Or telle est l'idée de l'existence de Dieu, attestée par le consentement universel des hommes.

Donc Dieu existe.

Preuve de la majeure : elle s'appuie sur le principe de raison. Il serait inexplicable qu'une croyance revêtue de tels caractères fût fausse, car ce serait un effet sans cause ; elle n'aurait pas sa raison d'être.

Preuve de la mineure : on peut alléguer le témoignage :

A) Des anciens : vg. Cicéron (^) : « Il n'y a pas de peuple assez sauvage pour ignorer qu'il y a un Dieu. « — Plutarque : « On rencontre des villes sans murailles, sans lois, etc., mais une ville sans temples, sans religion, sans dieux, c'est ce qu'on n'a jamais vu », etc., etc. (^).

B) Des modernes : après l'étude « consciencieuse » de toutes les races existantes, A. de Quatrefages conclut ainsi son enquête : « L'athéisme n'est nulle part qu'à Vétat erratique. Partout et toujours la masse des populations lui a échappé ; nulle part, ni une des grandes races humaines ni même une division quelque peu importante de ces races n'est athée (^). » Et ailleurs : « J'ai cherché l'athéisme avec le plus grand soin ; je ne l'ai rencontré nulle part, si ce n'est à l'état erratique^ chez quelques sectes philosophiques des nations les plus anciennement civilisées... (*). » Cette croyance universelle, constatée par les historiens et les voyageurs, se retrouve dans les langues, dans les chants populaires, dans les poèmes, dans les lois, dans les monuments de toutes sortes.

Elle ne peut d'ailleurs provenir de :

1° Illusion des sens, incapables d'atteindre un pareil objet.

2° Influence des passions, intéressées à supprimer plutôt qu'à inventer Dieu.

30 Préjugés, qui varient avec les nations, les temps, les lieux ; or cette croyance est persistante.

40 Ignorance, car cette croyance est plus précise chez les peuples civilisés que chez les sauvages ; elle ^'épure avec la civilisation.

50 Crainte superstitieuse : Primus in orbe deos fecit timor (Pétrone). — On comprend la crainte comme un effet, non comme une cause de cette croyance ; c'est un sophisme qui prend l'effet pour la cause. Il faudrait plutôt renverser cette parole et dire : Non deos, sed atheos fecit timor.

(') Cicéron, Tusculan. Disput. L. I, § XIII. Cf. De Legibus, L. I, § vin. — Plutar- OUE, AdveravLS Coloten epicureum, § XXXI.

( ') V. Cathrein, Die Einheit des siitlichen Bewusstseins der Menschheit, 3 vol., Fribourgen-Brisgau, 1914.

(') A. DE Quatrefages, L'Espèce humaine, Ch. xxxv, § IV, p. 356, Paris, 1878*.

( *) A. de Quatrefages, Introduction à l'étude des races humaines, Part. I, Ch. xiii, p. 254, 2« tirage, Paris, s. d.

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(3° Éducation : variable avec les temps et les lieux, elle n'aurait pu imposer une notion aussi gênante et aussi générale.

70 Invention des Législateurs : leur puissance n'eût pas réussi à faire accepter un dogme aussi contraire aux passions. Il faudrait montrer du reste quand et comment l'éducation et la législation ont inauguré cette croyance.

Conclusion : quand même il y aurait des tribus assez dégradées pour ignorer Dieu ou des individus assez dépravés pour le nier, cette exception n'infirmerait pas la règle. « C'est d'ailleurs une grande question, dit La Bruyère (^), s'il se trouve des athées, et quand il serait ainsi, cela prouve seulement qu'il y a des monstres. » Il faut convenir d'ailleurs que l'argument tiré du consentement universel prouve seulement l'existence d'un Être supérieur connu par le genre humain" mais non pas le Dieu infini, unique et simple, enseigné par la Philosophie spiritualiste (^).

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