LES ASPIRATIONS DE L'AME
Nous avons montré, en parla^it de l'immortalité (63), que l'homme tend à l'infini par toutes les puissances de son âme. A côté de l'amour légitime de soi, l'homme a des inclinations supérieures (Psych., 49) qui peuvent se ramener à l'amour de la perfection absolue. Faits pour la vérité, pour le bien et le beau infinis, rien ici-bas ne saurait nous rassasier. Cette tendance innée vers la perfection, ne pouvant se contenter en ce monde où tout est imparfait et défaillant, nous relance sans cesse vers une réalité plus haute, vers un idéal de vérité, de bonté et de beauté souveraines. La seule raison suffisante de cet attrait irrésistible, qui nous emporte vers l'infini, ne peut être que la réalité de cet objet suprême qu'Aristote appelle si bien le souverain désirable : aimant divin qui nous attire à lui d'une façon suave et forte, comme l'atteste la magnifique inquiétude de notre cœur : Fecisti nos ad te, Domine, et irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te (^).
La recherche du parfait est la loi fondamentale de notre nature : si elle était frustrée, l'homme serait comme un monstre dans la création, un paradoxe vivant, fait de contradictions révoltantes. N'est-il pas
( ') La Bruyère, Les Caractères : Des esprits forts. — F. Nicolay, Histoire des croyances, superstitions, mœurs, usages et coutumes... — D. Palmieri, /ns(i(u(iones philosophicx,T.lll, Theologia, Thesis VII. — P. de Broglie, Problèmes et conclusions de l'histoire des religions.
{') M. CH0S3AT, De la Connaissance spontanée de Dieu, dans Dictionnaire de Théologie CATHOLIQUE (Vacant-Mangenot), T. IV, col. 874-923. — J. HuBY, La croyance à l'Être suprême chez les non-civilisés, dans Recherches de Science religieuse, 1917, p. 327-352.
( ') S. Augustin, Confess. L. I, C. i.
566 l'idée de parfait ou d'infini (;2)
plus sage de croire que Famour du vrai, Famour du bien et Famour du beau sont fondés en raison, c'est-à-dire sont des tendances convergentes, qui s'adressent et nous conduisent à cette réalité parfaite {E?is realissimum) que nous nommons Dieu (^) ?