‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 470 sur 604 · L'IDÉE DE PARFAIT OU D'INïlNI · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE PARFAIT OU D'INïlNI

A) Exposé : on peut la résumer ainsi d'après Descartes C^). J'ai l'idée de parfait. La présence de cette idée en moi est un effet qui exige une cause. Or elle ne peut me venir de moi-même, qui suis imparfait, ni des choses extérieures, car elles sont bornées comme moi. Il faut donc qu'elle me vienne d'un Être parfait qui l'a mise en moi, « comme la marque de l'ouvrier sur son ouvrage ».

B) Critique : on a contesté avec raison la valeur de cette preuve, en disant que l'idée de parfait provenait du travail de l'intelligence sur les données'de l'expérience. (Psychologie, 187, § B).

On fait une critique analogue de l'argument, quand il prend pour point de départ l'idée d'm^ni. (Cf Psychologie, ibidem.)

C) Objection : à cette critique de l'argument de Descartes on oppose l'objection suivante : expliquer les notions d'infini et de parfait en partant des idées de fini et d'imparfait, c'est commettre un cercle vicieux, car, pour avoir les idées de fini et d'imparfait, il faut déjà avoir les notions d'infini et de parfait auxquelles on compare les premières.

Réponse : pour se former la notion de fini et d'imparfait, il suffit d'avoir la notion de plus ou de moins. Or pour se former l'idée de plus ou de moins, il n'est pas du tout nécessaire de comparer les choses finies et imparfaites à un type infini et parfait ; il suffit de comparer les objetsfinis et imparfaits entre eux.

Pour savoir que mon intelligence et ma volonté sont imparfaites, je n'ai qu'à les rapprocher de la volonté et de l'intelligence de tel ou tel qui l'emporte sur moi ; ou même, plus simplement, je n'ai qu'à mettre en parallèle plusieurs de mes actes intellectuels et volitifs, pour constater qu'il y a progrès ou recul dans tel cas donné.

Pour savoir qu'une ligne est finie, inutile de la comparer à l'infini ; je n'ai qu'à la rapprocher d'une quantité plus grande ; de même pour le nombre. Et ici la chose est manifeste, car c'est une vérité admise que l'infini actuel en quantité étendue ou en nombre est une absurdité. Le terme de comparaison, qu'on prétend nécessaire, ferait donc com-

( ') Seiitillanges, Des sources de la croyance en Dieu. — P. de Bhoolie, Preuves psychologiques de l'existence de Dieu.

{ ') Descartes, Discours de la méthode, III' P. Méditations métaphysiques, III'.

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