‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 471 sur 604 · LES VÉRITÉS ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

LES VÉRITÉS ÉTERNELLES

Cette preuve a été donnée par saint Augustin, Bossuet, Fénelon, Leibniz (^). Entendons Bossuet l'énoncer :

A) Exposé : « Rien ne sert tant à l'âme pour s'élever à son Auteur que la connaissance qu'elle a d'elle-même et de ces sublimes opérations que nous avons appelées intellectuelles. Nous avons déjà remarqué que l'entendement a pour objet des vérités éternelles. Les règles des proportions, par lesquelles nous mesurons toutes choses, sont éternelles et invariables... Tout ce qui se démontre en mathématique, et en quelque autre science que ce soit, est éternel et immuable, puisque l'effet de la démonstration est de faire voir que la chose ne peut pas être autrement qu'elle est démontrée... Toutes ces vérités et toutes celles que j'en déduis par un raisonnement certain, subsistent indépendamment de tous les temps : en quelque temps que je mette un entendement humain, il les connaîtra ; mais en les connaissant il les trouvera vérités, il ne les fera pas telles, car ce ne sont pas nos connaissances qui font les objets, elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qu'il y ait eu un entendement humain... Elles seraient toujours bonnes et toujours véritables, quand moi-même je serais détruit avec le reste. Si je cherche maintenant où et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables comme elles sont, je suis obligé d'avouer un Etre où la vérité est éternellement subsistante et où elle est toujours entendue ; et cet Être doit être la Vérité même et doit être toute vérité ; et c'est de Lui que la vérité dérive dans tout ce qui est et ce qui entend hors de Lui {^). »

B) Critique : cette preuve a été acceptée par les uns et rejetée par les autres :

1° Bossuet a donné « une très belle et très solide preuve de l'existence de Dieu », qu'on peut résumer ainsi : « L'homme connaît des vérités universelles, immuables et éternelles (les principes de la raison, les

(M Cette preuve est attribuée aussi à Platon ; mais tout dépend du sens que Platon donne aux Idées. Si l'on soutient avec Aristote qu'il conçoit les Idées comme des essences séparées, on ne doit pas lui attribuer cette preuve. On peut le faire au contraire si l'on croit avec S. Augustin qu'il considère les Idées seulement comme des conceptions de l'intelligence divine (Psych., 140, à la fin : Remarque).

( ') Bossuet, De la connaissance de Dieu..., Ch. iv, § 5.

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conclusions des mathématiques, les vérités morales, etc.). Or ces vérités doivent avoir un fondement suffisant et réel ; autrement la science reposerait sur le néant, elle serait purement subjective et illusoire ; ce fondement suffisant et réel doit avoir les caractères de l'universalité, de l'immutabilité et de l'éternité qui conviennent à la vérité ; il existe donc un Être nécessaire, immuable et éternel, source de la vérité, de la beauté et du bien ; cet Être est Dieu, donc Dieu existe. Cette preuve part du fait des idées dans V intelligence humaine. L'esprit, examinant les caractères des idées ou vérités aperçues par la raison, en conclut, par l'application du principe de raison suffisante, que la connaissance de la vérité immuable et éternelle suppose nécessairement l'existence d'un Être immuable et éternel, c'est-à-dire de Dieu (^). »

2° D'autres rejettent cette preuve et donnent de leur rejet la raison suivante. L'éternité des vérités rationnelles n'est que leur nécessité conçue abstraitement., c'est-à-dire indépendamment de toute relation avec le temps. L'éternité n'est réelle que si l'on suppose l'existence concrète d'une intelligence réelle qui conçoit ces vérités. Il y a donc pétition de principe. "

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