‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 478 sur 604 · A. — MÉTHODE POUR LES DÉTERMINER · texte numérisé non relu

A. — MÉTHODE POUR LES DÉTERMINER

A) Exposé : les attributs moraux s'induisent a posteriori des qualités que l'expérience nous montre dans les êtres créés. Cette méthode qui comprend trois moments, a été appelée par les Scolastiques : méthode de causalité^ A'' élimination et de transcendance {}).

I. — Via causalitatis : après avoir examiné* les œuvres de Dieu,\ a Création, on remonte des créatures à Dieu, comrne au principe de ce qu'elles ont de perfection, de réalité, de positif, d'être en un mot. C'est une méthode d'analogie fondée sur cet axiome qu'une cause possède toute la perfection de ses effets, soit formellement, soit éminemment, car Nemo dat qiiod non habet.

II. — Via remotionis : puis on exclut absolument de Dieu toute limitation, toute négation, toute imperfection (^).

III. — Via eminentiae : enfin on attribue à la nature divine tout ce qui est réel, positif, substantiel, en un mot, tout ce qui n'implique en soi aucune imperfection, tout ce qu'il est meilleur d'avoir que de ne pas avoir, et on l'élève à l'ijifini.

B) Objection : ce procédé conduit nécessairement à l'anthropomorphisme.

Réponse : il est certain que, n'ayant pas l'intuition de Dieu, l'idée que nous en avons est forcément relative. Nous attribuons nécessairement à Dieu les qualités que l'expérience nous révèle. Mais on peut contenir cet anthropomorphisme inévitable dans des bornes raisonnables, en s'inspirant des règles suivantes :

1° L'idée de perfection doit nous servir de critérium pour discerner ce qu'il convient ou non d'attribuer à l'Être infini. Exemples : nous sommes en proie au doute, à l'indécision, à l'inquiétude, etc., toutes choses imparfaites que nous écarterons de la nature divine. Nous sommes capables de sentir, d'imaginer, de nous souvenir, de raisonner ; tontes ces opérations sont bien des qualités positives, mais comme elles impliquent la dépendance de la matière, le changement, la succession, toutes choses imparfaites, nous les bannirons aussi de la nature divine. Nous avons la raison intuitive : comme cette qualité n'implique en ellç-

(') A. DE Margerie, Théodicée, T. I, Ch. ix.

( ') "... Pour connoUre la nature de Dieu autant que la mienne en étoit capable, je n'avois qu'à considérer, de toutes les choses dont je trouvois en moi quelque idée, si c'étoit perfection ou non de les posséder, et j'étois assuré qu'aucune de celles qui marquoieut ijuelque imperfection n'étoit en luy, mais que toutes les autres y étoient... » {Descartes, Discours de la Méthode, IV« P.)

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