‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 481 sur 604 · SC1E>'CE ET SAGESSE DE DIEU · texte numérisé non relu

SC1E>'CE ET SAGESSE DE DIEU

mentaire, qu'on nomme discursive ; elle est sujette à l'erreur et au doute.

2° Dans son objet : elle ne connaît pas tout et ne connaît le tout de rien.

L'intelligence divine, étant affranchie de toutes les défaillances, est :

I. — Parfaite dans son mode d'opération : la pensée de l'homme est multiple, changeante, successive. En Dieu, rien de pareil. La pensée divine est éternelle, unique, intuitive, car l'infinité exclut toute succession et toute multiplicité, tout souvenir et toute prévision, tout raisonnement déductif ou inductif. Dieu voit tout dans un éternel présent. C'est pourquoi le mot prescience, appliqué à Dieu, n'est pas rigoureusement exact. (PsYCH., 205, § III, A, Second essrai). — Balmès a justement remarqué que plus une intelligence est puissante, moins elle a d'idées : leur nombre diminue, mais leur compréhension augmente. L'Etre parfait voit tout dans une Idée infiniment compréhensive (Logique, 39, § B, III). « Ce regard unique, dit Fénelon, épuise toute vérité et il ne s'épuise jamais lui-même (^). «

IL — Parfaite dans l'extension de son objet : Dieu étant infini, rien ne saurait échapper à sa connaissance : il est omniscient. Donc :

1° Dieu se connaît lui-même et se comprend : Dieu connaît tout ce qui est connaissable. Mais, parmi tous les objets intelligibles, Dieu tient le premier rang. Toutes les choses, que Dieu connaît en dehors de lui, il les connaît en tant qu'il est leur cause exemplaire, efficiente et finale, c'est-à-dire par le rapport qu'elles ont avec lui. Donc le premier objet de sa connaissance est lui-même. Il se connaît et il se connaît parfaitement, c'est-à-dire qu'il se comprend ; il y a équation parfaite entre le sujet et l'objet de la pensée : l'intelligence infinie égale l'infinie intelligibilité.

2° Dieu connaît encore tout ce cjui, en dehors de lui, est (onnaissable, c'est-à-dire tout ce qui, participant de l'être à un degré quelconque, peut être le terme, l'objet d'un acte d'intellection : à savoir tous les possibles, c'est-à-dire tout ce qui est simplement apte à exister ; — tous les futurs conditionnels ou futuribles, c'est-à-dire les événements qui ne seront jamais, mais qui auraient été si telle condition avait été posée : vg. Qu'aurais-je fait, si j'avais été placé, quand j'ai accompli tel acte, dans d'autres conditions ? — tous les êtres actuellement existants ; — toutes les choses futures, qu'elles soient fatales ou libres (^).

La raison est toujours la même : l'intelligence divine, étant infinie,

( ') FÉNELON, Traité de l'existence de Dieu et de ses nllribiits. II'" P., Ch. v, Art. .5. ( *) Sur la façon dont ii est possible de concilipr la lilierté humaine avec la prescience divine, voir Psych., 205, § III.

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