A. — EXISTENCE DE LA SCIENCE MOYENNE
I. — Cette science existe si elle a un objet ayant une vérité déterminée. Or il en est ainsi. En effet « une volonté réelle fera librement demain tel acte et non tel autre : il est donc vrai dès aujourd'hui, il fut toujours vrai et il le sera toujours, que tel acte aura lieu demain de préférence à tel autre. Comme il s'agit ici de l'acte futur concret d'une volonté concrète dans des circonstances concrètes, il suit qu'une telle volonté fera librement l'acte A ou qu'elle fera l'acte B, mais qu'elle ne restera pas indéterminée en fait entre B et A. Or ce qui est vrai de l'acte libre futur d'une volonté existante a dû l'être d'abord de cet acte possible, et semble devoir l'être, de la même façon et pour la même raison, de l'acte libre futurible d'une volonté existante ou possible. Cette volonté est en effet concrète, et on la suppose placée dans des circonstances concrètes dans lesquelles elle accomplirait en fait un acte concret, donc un acte d'une vérité déterminée (^) ».
IL — Les théologiens, partisans du système de Bafies, contestèrent l'existence de la Science moyenne. Mais ils durent s'incliner devant des faits que comme catholiques ils ne pouvaient récuser. On leur apporta des exemples tirés de la Sainte Écriture, qui montrent que Dieu connaît avec certitude ce qui serait arrivé à certains personnages bibliques s'ils s'étaient trouvés dans des circonstances différentes de celles qui ont été réalisées. Citons un de ces exemples :
David, assiégé par Saûl dans la ville de Coila, craignait d'être livré par les habitants. Il alla consulter le prophète et lui dit : Si je reste, me livreront-ils ? Inspiré de Dieu, le prophète lui répondit : Ils vous livreront. Tradent. David s'empressa de quitter Ceila {^). Nous savons d'une science certaine (puisqu'elle rep'ose sur un oracle divin) que David eût été livré s'il était resté dans la ville. Donc cette proposition conditionnelle a une vérité objective déterminée.
( ') Lahr-Picard, Cours de Philosophie : Thkologie rationnelle, Partie III. Ch. iv, p. 534.
{■) Premier livre des Rois, Ch. xxiir, v. 7-13.