‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 49 sur 604 · MORALE ÉVOLUTIONNISTE DE SPENCER · texte numérisé non relu

MORALE ÉVOLUTIONNISTE DE SPENCER

sances personnelles. Il recherche d'abord le bonheur d'autrui, l'intérêt général pour les avantages qu'il lui procure. Peu à peu l'habitude finit par rendre inconsciente cette fin intéressée ; alors l'homme poursuit le bonheur d'autrui sans retour égoïste : telle est l'origine des sentiments altruistes. Ils se consolident progressivement et sont transmis héréditairement. Aujourd'hui, il y a encore conflit entre les instincts égoïstes et les tendances altruistes. La formule de la loi morale est présentement : « Vis pour toi et pour les autres. » C'est Yégoaltruisme. Alais, en vertu même de la loi nécessaire de l'évolution individuelle et sociale, un jour viendra où les tendances altruistes subsisteront seules ; alors tout conflit entre l'intérêt particulier et l'intérêt général aura disparu : ce sera le triomphe complet de l'altruisme, et la formule définitive sera : « Vis pour les autres. »

II. — Critique : 1^ La nature, d'après Spencer, est égoïste ; s'il en est ainsi, il est impossible que, soumise à la loi fatale de l'évolution, elle devienne jamais désintéressée. En nous les tendances égoïstes luttent contre les tendances altruistes. Les unes et les autres se valent puisqu'elles sont également le résultat de la nécessité : alors pourquoi sacrifierait-on l'égoïsme à l'altruisme ? Pour arracher l'homme à l'égoïsme ^'t faire prévaloir l'altruisme, il faut un principe en dehors et au-dessus de l'intérêt général : il faut que la raison me montre qne le bonheur général l'emporte sur le bonheur particulier. Mais ce point de vue rationnel est interdit à l'utilitarisme, qui ne se place qu'au point de vue de la sensibilité.

2o On ne peut faire sortir l'altruisme de l'égoïsme (Ps. 50, § II). Aussi les morales de l'intérêt général restent-elles au fond égoïstes.

3° « Si le dernier mot de la morale scientifique ne se rencontre pas encore dans le darwinisme proprement dit, nous le trouvons enfin dans nombre de travaux récents où l'évolutionnisme et le darwinisme sont développés dans un sens scrupuleusement naturaliste. La vraie morale n'est, à la lettre, que l'histoire naturelle de la moralité, sans aucun mélange d'hypothèses érigées en règle impérative. Les sciences naturelles recherchent les lois qui régissent la formation et les changements des divers êtres de la nature. Elles nous font voir, sans aucune idée préconçue, par quelles phases successives ils ont passé pour parvenir à leur état actuel. On applique purement et simplement cette méthode de recherche à l'étude de l'être moral. On montre comment nos sentiments moraux, qui nous apparaissent comme simples et innés, sont, en réalité, dérivés et complexes ; et, tant par synthèse que par analyse, on cherche à les relier aux causes mécaniques de Tunivers.

« Dès lors, la méthode est absolument scientifique, et la morale comme science est véritablement fondée. Mais le résultat auquel on arrive est évident, et il est proclamé par le naturalisme lui-même : il n'y

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