LE PANTHÉISME : OBJECTIONS DES PANTHÉISTES
éminemment toutes les perfections réunies de tous les êtres finis {^). Supposons un maitre plus intelligent que le plus distingué de ses élèves et sachant tout ce que ses élèves savent : réunissez toute la science des élèves et ajoutez-la à celle du maître, celui-ci n'en sera pas plus parfait, car il sait déjà tout cela d'une façon éminente. De même la cause infinie peut communiquer, sans se diminuer aucunement, quelques perfections à des êtres distincts d'elle, comme un maître transmet ses connaissances à ses disciples sans s'appauvrir. Concluons donc qu'après la création on doit dire qu'il y a plus d'êtres, mais non pas plus d'être, c'est-à-dire de perfection : Pliis entium, non plus entis. C'est ainsi que, quaAd le maître a fait part de ses connaissances à ses élèves, on doit dire qu'il y a plus de savants, mais il n'y a pas plus de science.
II. — Toute détermination, dit Spinoza, est nécessairement une limitation. Donc on limite l'infini en lui supposant des attributs positifs.
Réponse : l'objection vaut si on l'applique à l'idée abstraite et indéterminée d'être. Toute qualité ajoutée à cette idée en restreint l'extension, vg. si je dis : être raisonnable, cela ne convient plus qu'à une catégorie, au lieu de s'appliquer à tous les êtres. Mais il ne s'agit pas ici d'une idée générale, il est question d'un être individuel. Alors toute qualité ajoutée à cet être, au lieu de le limiter, le perfectionne et accroît sa valeur. C'est pourquoi, en affirmant de l'être infini toutes les qualités possibles élevées à la suprême puissance, nous ne l'avons aucunement limité, mais nous le concevons comme l'être absolument réel. L'objection repose donc sur une équivoque : le mot détermination signifie tantôt une limite, et en ce sens Dieu n'est pas déterminé, puisqu'il est infini ; — tantôt une qualité, un attribut, et en ce sens Dieu est le plus déterminé des êtres, car il est le plus réel. Notons, en effet, que Vidée abstraite d'être est généralissime (PsYCH., 137) ; elle a le minimum de compréhension (n'ayant qu'une note, un élément constitutif) et le maximum d'extension (s'appliquant à tout être, possible ou existant). Au contraire l'être infini a une compréhension maximum (contenant toutes les perfections concevables) et une extension minimum (ne convenant qu'à l'Être parfait qui est unique).
Remarque. — Le Panthéiste n'est pas formellement athée, puisqu'il admet l'existence de Dieu ; il se rapproche plus ou moins de l'athéisme, selon que la notion de Dieu qu'il accepte est, plus ou moins, en contradiction avec la notion du vrai Dieu, c'est-à-dire de l'Être nécessaire, infiniment parfait. Mais, si l'on y regarde de près, ces deux formules : Dieu est tout et Dieu n''est pas, sont, au fond, équivalentes.
(') Palmieri, Iristitutiones ■philosophiez, T. III, Theologia, Thesis XII, p. 127-128.
§ I. — Lis LAMARCKISME (2)
Quoique la question de l'origine des espèces vivantes, végétales et animales, ait été agitée avant Lamarck, elle n'a été cependant nettement posée qu'en 1809 par ce naturaliste français dans sa Philosophie zoologique. On peut donc regarder Lamarck comme le fondateur du transformisme. Selon lui, il n'y aurait eu à l'origine qu'un petit nombre de types très simples, qui se sont transformés pour constituer les différentes espèces animales. Il explique ces transformations progressives par trois principes : le ?nilieu^ le besoin^ V habitude. Le milieu produit le plus souvent des troubles, des interruptions dans le développement progressif des organismes. Son action est donc plutôt perturlDatrice que plastique.
(*) A) Teansformistes absolus : Lamarck, Philosophie zoologique. — Darwin, L'origine des espèces. De la variation des animaux et des plantes. La descendance de l'homme, — E. H^CKEL, Histoire de la création des êtres organisés. Les preuves du transformisme. Anthropo génie. — R. Wallace, La sélection naturelle. — Ed. Perrier, La philosophie zoologique avant Darwin. Le transformisme. Les colonies animales et la formation des organismes. — M. Duval, Le Dar\t.-inisme. — Th. Huxley, L' évolution et l'oi-igine des espèces. La place de l'homme dans la nature. — Schmidt, Descendance elDar\<:inisme. Les mammifères dans leurs rapports avec leurs ancêtres zoologiques. - — Ed. de Hartmann, Le Darwinisme. — A. Wei-Smann, Studiemur Descendenztheorie. — F. Le Dantec, Théories néo-lamarchiennes, dans la Revue philos., 1897, T. II, p. 449 ; 561 sqq. — Alb. Giard, Les facteurs de l'évolution, dans la Revue scientifique, 23 nov. 1889. Controverses transformistes. — G.-J. Romanes, L'intelligence des animaux. L'évolution mentale chez les animaux. — Y. Delage, La structure du protoplasme et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie générale.
B) Transforjiistes modérés : A. Gaudry, Les enchaînements du monde aniynal dans les temps géologiques. Les ancêtres de nos animaux dans les temps géologiques. Essai de paléontologie philosophique. — G. Saint-Mivart, Gehesis of species. — M.-D. Leroy, L'évolution des espèces organiques. — D. Cochin, L'évolution et la. vie. — Maisonneuve, Création et évolution, dans le compte rendu du Congrès international scientifique des catholiques, 1891, 8"^^ Section, p. 36-61 — Pu. Zahm, L'évolution et le dogme. — J. Guibert, Les Origines, Ch. m. Cet auteur, sans se prononcer catégoriquement, semble incliner du côté du transformisme modéré. — Eeich Wasmann, Die moderne Biologie und die Entwicklungstheorie.
C) Antitransformistes : A. de Qiiatrefages, L'espèce humaine. Darwin et ses précurseurs. Les émules de Darwin. — Ém. Blanchard, La vie des êtres animés. ■ — Nadaillac (DE), Le problème de la ine. — Lecomte, Le Darwinisme et l'origine de l'homme. — Faivre, La variabilité des espèces et ses limites. — P. Jousset, Évolution et transformisme. — L. Aoassiz, De l'espèce et de la classification en zoologie. — Duiliié de Saint-Projet, Apologie scientifique de la foi chrétienne, III<= et IV°P. — Lavaud de Lestrade, Transformisme et Darwinisme. — A. F.vrges, La vie et l'évolution. — Vigouroux, Les Livres saints et la rriticiue rationaliste, T. III, L. I, Scct. II, Ch. m. Art. 3. — Thomas, Les temps primitifs et les origines religieuses. — J. de Bokniot, La bête comparée à l'homme. — H. Joly, L'homme et l'animal, IV^ P. L'instinct. — D. Lodiel, Quelques appréciations récentes du transformisme, dans les Études, déc. 1892. — Dierckx, L'homme-singe et les précurseurs d'Adam devant la science. Revue des Questions scientifiques, 1894, T. I, p. 518-589. — Alb. Fleisch- MANN, Die Descendenztheorie. Die Darwinsche Théorie.
( ') De Quatref.\ges, Darwin et ses Précurseurs français.
Le vrai principe formateur, indépendant du milieu, est un principe d'activité interne, c'est le pouvoir de la vie, qui agit selon deux lois : la loi du besoin et celle de Vhahitiide. Dans les circonstances favorables, le besoin crée les organes, l'habitude les développe et les fortifie. Lamarck reconnaît qu'il est difficile de prouver par l'observation que le besoin crée les organes ; mais l'expérience établit que l'habitude les développe ; il en conclut que le besoin les crée, donnant ainsi la seconde loi comme preuve de la première.