‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 519 sur 604 · OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE

I. — La prescience divine détruit la liberté humaine (Voir l^a réponse, Psychologie, 205, § III).

II. ^ — L'existence du mal. L'existence du bien est la grande raison de croire en Dieu. Le bien, c'est d'abord l'être du monde, l'activité dont il est doué, l'ordre et l'harmonie qui le régissent. C'est ensuite la raison, la liberté, la moralité. La grande objection contre la Providence, c'est l'existence du mal, car ou Dieu pouvait empêcher le mal et II ne l'a pas voulu : que devient alors sa Bonté ? ou II le voulait et ne l'a pas pu : que devient alors sa Puissance ?

On distingue trois formes du mal : le mal métaphysique., le mal physique^ le mal moral.

§ I. -— MAL MÉTAPHYSIQUE

Il consiste dans l'imperfection des êtres ; c'est la condition nécessaire de toute créature. Il serait contradictoire que la créature fût parfaite, puisqu'elle est essentiellement contingente et dépendante {^). Le mal métaphysique est négatif : c'est une simple limitation de l'être, l'absence d'un bien ; vg. l'ignorance est l'absence de ce bien qu'on nomme science. On ne peut donc tirer de l'existence du mal métaphysique aucune objection contre la Providence, car la créature est nécessairement bornée, et il valait mieux que les êtres fussent ainsi que de ne pas être du tout. Se plaindre que les créatures sont imparfaites, c'est se plaindre qu'il y ait des créatures. Il ne peut pas plus exister de monde sans-imperfection que de mouvement sans vitesse. C'est pourquoi Leibniz

( ') Sur la prétendue impossibilité de constater le miracle, Cf. W. Devivier, Cours d' Apologétique..., t" P., Cil. III, Art. II, p. 227 sqq., Paris-Tournay, 1907 »•. — G. Sort.\is, La Providence et le Miraclp..., Ch. iv. — « On dira aussi que, si tout est réglé, Dieu ne saurait donc faire des miracles. Mais il faut savoir que les miracles, qui arrivent dans le monde, étaient aussi enveloppés et représentés comme possibles dans ce même monde considéré dans l'état de pure possibilité ; et Dieu, qui les a faits depuis, a décerné dès lors de les faire quand il a choisi ce monde. " (Leibniz, Essaia de Théodicée..., 1" P., § .54).

(«) Leibniz, Théodicée..., V P., § 20-21 ; II« P., § 335. Monadologie, § 42.

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