LA SOLIDARITÉ : CONSÉQUENCES PRATIQUES
Car, à leur défaut, lequel d'entre nous a le droit de recouvrer leur créance ou d'en opérer la liquidation ? ;■ (^) — De plus, ce qui fait la valeur morale d'une action c'est surtout l'intention qui l'inspire. Sans doute nous bénéficions des efforts et des peines de nos devanciers. Mais ont-ils travaillé, en général, dans le dessein d'être utiles à l'humanité ? N'ontils pas d'abord et même exclusivement songé à eux-mêmes et à leur propre descendance ?
3^ Cette morale aboutit à un vulgaire utilitarisme, car, en fin de compte, c'est parce que les autres hommes, mes contemporains, me sont utiles, que je dois moi-même leur rendre service. Nous voilà revenus à la formule égoïste : Do ut des. Mais si je constate que le travail de tel ou tel de mes concitoyens ne m'est point profitable, suis-je donc dégagé de toute dette à leur endroit ? Aussi on a justement reproché à cette doctrine de ne pas faire la part du sacrifice et du dévouement (^).
Conclusion : il résulte de tout ce qui précède que le fait seul de la solidarité ne peut donner à la dette sociale son caractère obligatoire. C'est pourquoi nombre de solidaristes n'imposent la solidarité qu'au nom d'un principe supérieur, au nom d'un idéal de justice. Très bien ; mais à la condition d'ajouter que cet idéal n'est vraiment impératif que s'il nous apparaît comme l'expression d'une volonté souveraine indiscutable, la volonté de Dieu qui a établi entre les hommes une étroite solidarité, afin qu'ils s'aiment et s'aident comme les enfants d'une même famille.