‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 83 sur 604 · IDÉAL ESTHÉTIQUE : PLATON · texte numérisé non relu

IDÉAL ESTHÉTIQUE : PLATON

du désir à la passion généreuse produit la tempérance ; la subordination de la passion à la raison produit la force. L'harmonie qui résulte de cet accord parfait constitue la justice (euTroaa'a) qui est la perfection de l'âme. Mais l'individu doit aussi s'harmoniser avec ses semblables et avec l'univers, car, pour Platon, le sage est un musicien qui met de l'harmonie dans sa vie (^). — Cette doctrine a été plus ou moins renouvelée dans les temps modernes par Herbart, Wieland et, de nos jours, par F. Ravaisson {^) et Ruskin. La morale a pour fondement l'amour du beau. Le souverain bien consiste dans la beauté de la vie, dans l'harmonie de l'âme tendant vers un idéal calme, noble, généreux.

B) Critique : L — Cette doctrine n'est pas en contradiction avec la moralité : la vie d'un sage est belle. Les Grecs aimaient à identifier le bien et le beau : xaXoxàyaôdv (^). Ils différent cependant (Cf. Esthétique, 4). Tout acte vertueux est digne d'estime, mais ne mérite pas l'admiration. Un riche donne quelques sous à un pauvre : c'est une bonne œuvre ; ce n'est pas une belle action, car il lui manque ce degré de splendeur, cette perfection au-dessus de la moyenne, qu'exige la beauté. La beauté est un degré supérieur de bonté. C'est pour cela que la beauté ne peut être le principe de la morale, car son idéal est trop élevé pour être obligatoire : l'héroïsme et le dévouement ne peuvent être l'objet d'un vouloir universel.

II. - — Outre cette critique générale, la morale platonicienne, malgré ses côtés élevés, mérite des crititjues particulières :

a) Platon fausse les relations entre l'âme et le corps ; au lieu de voir dans le corps un instrument et un secours, il le regarde comme un pur obstacle. Toutes les maladies de l'âme, l'ignorance et le vice, ont leur source dans l'union de l'âme avec le corps où elle aurait été enfermée, comme dans une prison, en punition d'une faute commise dans une vie préexistante. Or l'union de l'âme et du corps est naturelle (Cf. Psychol. Rationnelle, Article II, 54.)

b) Platon a le tort d'identifier la vertu avec la science. Les actions humaines sont soumises à un déterminisme rationnel. Aussi la volonté libre est-elle absente de cette doctrine ; mais alors comment la morale peut-elle y trouver place ? (50, I.)

(M Platon, République, IX, l'Idiiion L^idot, T. IJ, p. ITti, c-d.

{ ') HAVAIS30N, Discours prononcé à Louis-le- Grand, aoûl, 1873. — Fouillée, Critiques des systènicH de morale contemporains, L. VII. — Roupsel-Despierres, L'idéal esthétique.

(') IlSv 5r, TO «YaOov xaXov, zo oÈ xaÀov oOx à,u.eTûOv... «Tout ce qui est bon est beau, et liiii n'est beau sans harmonie... » (Platon, Timée. Didot, T. II, p. 245-246).

(40) EUDÉMONISME RATIONNEL : ARISTOTË

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