LA MORALE FORMELLE DE KANT : CRITIQUE
que la volonté, étant libre, ne doit rien qu'à elle-même. Tel est le bien absolu : il n'est pas distinct de la personne elle-même ; il résulte de l'intention pure d'obéir à la loi. Tout le reste n'a qu'une valeur relative, qui dépend du bon ou du mauvais usage qu'on en fait.
IV. — Formules de la loi morale. Nous devons donc agir par devoir. Il faut en outre connaître les actes que le devoir impose. Pour éclaircir les cas embarrassants, Kant a formulé quatre grandes règles : ( ^)
10 >, Agis de telle sorte que tu traites toujours la volonté libre et raisonnable, c'est-à-dire l'humanité, en toi et en autrui, comme une fin et non comme un moyen. » La volonté raisonnable et libre, la personne humaine, est donc l'objet même de la loi, en même temps qu'elle en est l'auteur et le sujet. L'être raisonnable est une fin absolue, c'està-dire qu'il ne doit jamais se regarder comme un moyen, mais toujours comme une fin. Quand l'homme obéit aux inclinations de la sensibilité au détriment de la raison, il se dégrade, car il se sert de lui-même comme d'un moyen. Les autres hommes étant nos égaux en nature, nous devons respecter leur personnalité ; il est donc illégitime de les traiter comme des moyens, c'est-à-dire de s'en servir pour en tirer un avantage. C'est pour cela que l'esclavage est odieux, La personnalité est inviolable et sacrée. Le respect absolu de la personne est donc le fondement du droit comme du devoir.
2» « Agis comme si tu étais législateur en même temps que sujet dans la république des volontés libres et raisonnables. » L'idéal que poursuit la morale, c'est la réalisation d'une république des volontés libres et raisonnables, dans laquelle chacune serait pour les autres une fin. Ce serait la conséquence de la mise en pratique de la première formule, car si les volontés se prenaient réciproquement comme fin, elles réaliseraient cette cité libre et unie où chacun serait à la fois législateur et sujet : ce serait la « république des fins ».
3° « Agis toujours de telle sorte que la raison de ton action puisse être érigée en loi universelle. » U universalisation d'un acte, tel est le critérium donné par Kant pour distinguer, pratiquement, quelles actions sont conformes ou contraires à l'idéal indiqué plus haut (20, III).
40 « Agis extérieurement de telle sorte que ta liberté puisse s'accorder avec la liberté de chacun suivant une loi générale de liberté pour tous. » C'est le principe régulateur des droits.