‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 94 sur 604 · LA MORALE FORMELLE DE KA>T : CRITIQUE · texte numérisé non relu

LA MORALE FORMELLE DE KA>T : CRITIQUE

réalisable en ce monde ; donc il doit y avoir une autre vie. C'est bien raisonné en soi ; mais Kant s'est interdit cette façon de raisonner, car un des éléments fondamentaux de sa doctrine c'est que la pratique de la vertu est incompatible avec la poursuite du bonheur (31, § B). Pour éviter cette contradiction, Kant se contente ordinairement de dire qu'il faut par la vertu se rendre digne du bonheur sans le rechercher. Quand il parle ainsi, il n'est plus en opposition avec ses principes, mais il enlève toute base à son argumentation : il n'a plus le droit d'affirmer l'obligation de croire à l'immortalité de l'âme et à l'existence de Dieu, puisque le fondement de cette croyance : la nécessité de l'accord du bonheur et de la certii, a disparu.

II. — La thèse de Fantériorité du devoir sur le bien : 10 Est en contradiction avec la nature humaine. — L'homme est un être raisonnable ; or un être raisonnable ne saurait, sans aller contre sa nature, obéir à une loi dont il ne connaît aucune raison qui la motive. L'obéissance à la loi morale doit donc être une soumission éclairée et non l'exécution aveugle d'un commandement que rien ne justifie. Or ce qui justifie la loi morale c'est sa conformité au bien en soi. Le devoir, tel que le présente Kant, ressemble à une consigne inintelligible et brutale, qui s'impose sans qu'il soit permis d'en chercher les motifs. On l'a comparé à la discipline des armées allemandes. La logique des choses a contraint Kant à être inconséquent avec son système ; lui aussi rattache, quoi qu'il en dise, le devoir à un bien antérieur, et ce bien antérieur c'est pour lui Y universalité rationnelle de l'action (20,

§ni).

2° Rend la morale impraticable en bannissant tout autre sentiment que le respect (37, § C).

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