XXX CHAPITRE PRELIMINAIRE
avoir ; et nous l'élevons à l'infini. ÎS'ous retranchons, par exemple, tous les déficits inhérents à notre activité et nous ajoutons à la notion de causalité ainsi épurée toutes les qualités que l'on peut concevoir : alors Dieu nous apparaît comme la cause sans limites dans sa puissance, par conséquent comme une activité sans aucun mélange de passivité, d'effort et de dépendance.
Placé aux confins des deux mondes, le monde de la matière et le monde de l'esprit, l'homme trouve en lui-même des perfections qui tiennent de l'un et de l'autre et qui lui permettent de les concevoir l'un et l'autre d'une manière imparfaite, mais objectivement vraie.
L'enfant, chez qui s'éveille en premier lieu la sensibilité, est tout d'abord frappé par les choses extérieures et sensibles. Devenu capable de réflexion l'esprit pénètre, à la lumière de la conscience, dans les replis les plus mystérieux de sa vie psychologique, dans l'intime de l'âme ; puis, de ce monde intérieur, il peut, à son gré, monter jusqu'au sommet supérieur de l'être, occupé par l'Esprit infiniment parfait, ou descendre jusqu'au plus infime échelon de l'être infiniment petit.
Nous pouvons résumer toute cette doctrine en empruntant à la ScoLASTiQUE uuc de ses formules d'un relief si frappant : Ab exterioribus ad interiora, ab interioribus ad siiperiora et ad inferiora (^).
Sous le bénéfice de ces observations, il ne nous déplaît pas de dire à notre tour que « Kant est le dernier des Scol astiques », non pas « nominalistes » (^) mais conceptualistes, et de formuler l'espoir que l'échec de son relativisme radical facilitera aux penseurs contemporains le retour nécessaire au réalisme tempéré, cette voie large et sûre, qu'a frayée le génie d'ARiSTOTE et qui fut savamment perfectionnée par les grands maîtres de la Scolastique, depuis saint Thomas et saint Bona-
VENTURE jusqu'à SUAREZ Ct KlEUTGEN.
« Les Docteurs chrétiens ont compris que la réalité ne va pas sans actualité, par conséquent sans activité : Eus et agens convertuntur ("^), » Être, c'est agir.
(') Nous avons ajouté ces derniers mots • ad inferiora, pour parachever la synthèse. Le reste de la formule est ordinairement attribué à saint Bonaventure. Mais nous l'avons vainement cherché dans ses œuvres. Voici le texte qui semble s'en rapprocher le plus : <^Ex praedictis patet quod sex gradus ascendendi plantati sunt in nobis a natura, sed possunt reduci ad très, quorum prinius est in rébus exterioribus, quas percipit sehsus et imaginatio ; secundus in inleriorihus, quas percipit ratio et intellectus ; tertius in superiorihus, quas percipit intelligentia et concupiscentia sapientiïE ; et est primus gradus per vesligium, secundus per imaginem, tertius per simililudinern in Deum. » (S. Bonaventure, De iriplici via, Additamentum III, n» 4. Quaracchi, 1898. T. VIII, p. 20. Cf. Soliloquia, Prologus, n" 2. — Itinerarium mentis in Deum, C. i, n" 2.)
(-) G. FONSEGRIVE, Loco citato, p. 97.
{') Mgr d'Hulst, Conférences de Notre-Dame, 1892, note 5, p. 411. Paris, 1892.