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CARACTÈRES ET LOIS DE L'INSTINCT

A) Caractères : l'instinct offre certains caractères essentiels^ qu'on retrouve sous la variété des fins qu'il recherche. On peut les ramener à deux principaux dont les autres découlent {^). L'instinct est :

I. — Inné : antérieur à toute expérience et à toute éducation. L'animal l'apporte en naissant, comme le patrimoine commun de l'espèce. — De là :

a) L'uniformité : il est le même dans les individus d'une même espèce. Chaque espèce d'oiseaux fait son nid, les abeilles construisent leurs cellules de la même manière.

b) La perfection immédiate : tandis que les facultés humaines se forment progressivement, l'instinct animal est du premier coup, sans tâtonnement et sans apprentissage, ce qu'il doit être : vg. dès la première fois, les araignées tissent merveilleusement leurs toiles.

c) La fixité : il reste ce qu'il était tout d'abord ; étant parfait dès l'origine, il ne connaît pas le progrès ; il est immuable et stationnaire. Tandis que l'activité humaine est indéfiniment perfectible, il est incapable de faire face aux difficultés imprévues.

Objection : l'instinct ne semble pas invariable. On a constaté des variations : vg. le loriot qui, au Mexique, depuis l'introduction des chevaux, a remplacé, pour faire son nid, les brins d'herbe par les crins de cheval ; les castors, qui construisaient des huttes sur les berges des fleuves, se creusent maintenant des terriers sur les bords de ces mêmes fleuves.

Réponse : quand le milieu et les circonstances changent, les actes instinctifs peuvent subir des modifications et s'adapter aux nouveaux miheux et aux nouvelles circonstances. Mais V instinct en lui-même reste invariable. Les modifications 'des actes instinctifs sont des adaptations

(M J.-H. Fabre. Cf. ses intéressants Souvenirs et Nouveaux souvenirs entomologîques. — H. JoLY, L'Instinct. — J. de Bonniot, La bête... — Pascal, Fragment de Préface sur le Traité du Vide, Édit. Hatet, p. 517, Paris, 1885.

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et non des progrès. « Progresser, c'est aller du mal au bien, du bien au mieux ; s'adapter, c'est changer de manière d'agir pour conserver le même bien-être. Changer de vêtements selon les saisons,.,, c'est s'adapter (^). » La perfectibilité animale est donc bornée aux détails. Les industries des animaux sont de notre temps ce qu'elles étaient du temps d'ARiSTOTE. Combien les industries humaines n'ont-elles pas fait de progrès depuis lors ?

II. — Aveugle : l'animal, agissant sous l'impulsion de l'instinct, ne se rend compte ni de la fm poursui\àe ni des moyens employés (2) : vg. des castors mis en cage par Cuvier construisirent une digue avec des matériaux mis à leur portée. — De là :

a) Fatalité de l'instinct : entraîné vers une fin qu'il ignore, l'animal est incapable de choisir entre divers moyens pour y arriver : il subit nécessairement l'impulsion de l'instinct ; il ne la dirige pas. C'est ainsi qu'il continue d'accomplir certains actes instinctifs, qui sont devenus inutiles : vg. l'abeille maçonne continue à remplir de miel la cellule dont on a percé le fond.

b) Sa spécialité : il n'est pas comme la raison « un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres » (Descartes) ; ce n'est pas une aptitude générale qui puisse s'appliquer à mille fins. Il n'y a pas d'instinct universel, il n'y a que des instincts particuUers. L'instinct ne sert qu'à une seule chose : l'animal est un spécialiste. L'oiseau, l'abeille n'ont pas l'instinct général de construction, mais l'instinct de construire, le premier des nids, la seconde des ruches, et même tel nid, telle ruche. « L'abeille est admirable, mais c'est dans sa ruche ; hors de là, l'abeille n'est qu'une mouche » (Voltaire).

B) Lois : il suffit de formuler les caractères constatés : V instinct ne s'acquiert pas, — Vinstinct est uniforme, — immédiatement parfait, etc.

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