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Montaigne : Vinstinct est une forme de la raison

Avant que Montaigne eût dit, dans ses Essais, que les animaux ont une âme raisonnable, Rorarius (1485-1556) pubha un livre pour prouver : Quod animalia hruta sœpe utantur ratione melius homine. C'est, dit Pascal parlant de Montaigne, la boutade d'un pyrrhonien, qui se complaît à froisser la superbe raison par ses propres armes et à

(M G. FoNSEGRiVE, Psychologie, IC Leçon, § V.

(*) L'animal a cependant la conscience spontanée de ses actes instinctifs. § V.

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précipiter l'homme dans la nature des bêtes (^). On peut ajouter RÉAUMUR (2) qui est plus modéré.

Critique : on ne peut identifier l'instinct avec l'intelligence, car il Y a entre l'instinct de l'animal et l'intelligence de l'homme, non seulement une différence de degré^ c'est-à-dire de plus ou de moins, mais une différence de nature, c'est-à-dire essentielle. En effet :

I. — L'instinct est exclusivement pratique : c'est une propension à agir, qui a pour fin la conservation et le développement d'une certaine espèce d'animaux.

La raison est à la fois spéculative et pratique : elle est même d'abord spéculative, parce qu'elle est, avant tout, la faculté de comprendre et d'expUquer les choses. Elle est en même temps pratique, puisqu'elle dirige et gouverne les actes de la vie humaine. De là vient que l'instinct se révèle seulement par des actes industrieux, tandis que la raison se manifeste, en outre, partout un ensemble de connaissances philosophiques, scientifiques, artistiques, dont l'instinct est absolument incapable.

IL — De simples impulsions suffisent pour faire agir l'animal, — il ne réfléchit pas : «Les bêtes, dit Leibniz, sont purement empiriques. » L'instinct est aveugle et fatal (55). — La raison, au contraire, implique une activité consciente, réfléchie et autonome, parce que l'œuvre intellectuelle exige que l'esprit se connaisse lui-même et se gouverne à la lumière de principes directeurs.

II L — L'instinct est spécial, immédiatement parfait et uniforme (55). — La raison est « un instrument universel » ; elle est le principe de toutes les améliorations et de tous les progi^ès. Ce qui faisait dire à Bossu ET (^) que les animaux n'inventent rien et que la première cause des inventions et de la variété de la vie humaine, c'est la réflexion ; la seconde cause est la liberté. C'est pourquoi la raison se manifeste diversement d'une personne à l'autre.

Objection : on cite en faveur de l'instinct ses œuvres merveilleuses, parfois supérieures à celles de l'industrie humaine. — Il suffit de remarquer que ces mêmes animaux sont ineptes pour le reste. Cette ineptie montre que leur habileté n'est point due à la raison ; autrement elle s'étendrait à tout. L'homme, précisément parce qu'il est raisonnable, est plus ou moins apte à tout faire.

Conclusion : ces différences sont si grandes qu'il est clair que l'instinct et la raison sont irréductibles : a Instinct et raison, marques de deux natures » (*). Aussi, quoi qu'en disent les Évolutionnistes, de quelque

(') Entretien avec M. de Saci.

(') Mémoires pour servir à l'histoire des insectes.

(') De la connaissance de Dieu et de soi-même, Chap. v, § 7-9.

{') Pascal, Pensées, Art. xxv, 15. Édit. Havet.

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façon qu'on modifie les instincts, on n'en fera jamais sortir la raison ; car ce serait faire dériver le plus du moins, le supérieur de l'inférieur. Non seulement l'instinct n'explique pas la raison, mais il n'est lui-même intelligible que par elle : « Admirons donc, dit Bossuet, dans les animaux, non point leur finesse et leur industrie, car il n'y a point d'industrie où il n'y a point d'invention ; mais la sagesse de Celui qui les a construits avec tant d'art qu'ils semblent même agir avec art (i). »

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