II. — Descartes : V instinct est vji pur mécanisme
Il supprime dans les animaux non seulement toute raison, mais encore toute sensibilité. Il réduit l'instinct à un pur mécanisme et fait des animaux de simples machines, mais qui sont mieux construites et plus parfaites que celles de l'industrie humaine. Ce sont des automates. L'araignéo vg. est une machine à tisser, la taupe une pelle à fouir, etc. — Malebranche et les philosophes de Port-Royal ont aussi soutenu cette opinion ; mais elle a été spirituellement combattue par Mme de Sévigné, La Fontaine, Fontenelle. Dans la fable : Les deux Rats, le Renard et VŒuf, La Fontaine proteste contre l'hypothèse des animaux-machines, contre V automatistne des bêtes, en disant qu'il leur donnerait, s'il en était le maître :
Non point une raison selon notre manière, Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort.
A) Arguments : Descartes fait valoir deux arguments principaux :
L — Les animaux ne parlent pas. Ce n'est pas faute d'organes, « car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c'est-à-dire en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent ». C'est donc qu'ils sont dénués de raison.
Réponse : Cet argument est un déplacement de la question. Il s'agit de démontrer que les animaux n'ont aucune sensibilité, aucune conscience. Or l'argument prouve bien que les animaux n'ont pas la raison que suppose le langage conceptuel, puisqu'il exige l'abstraction, la générahsation, le jugement, etc., mais il ne prouve pas que les animaux n'ont ni conscience, ni sensation. Descartes aurait dû montrer que la raison et la sensibilité sont deux facultés inséparables.
II. — On peut expliquer tous les actes des animaux par l'automatisme. En effet, pour qu'un automate réponde à toutes les excitations extérieures, il suffit que le mécanicien constructeur soit capable et de prévoir toutes les circonstances où se trouvera l'automate et d'adapter
(*) De la œnnaissance de Dieu et de soi-même, Chap. v, § 10. (') Discours de la Méthode, 5" Partie.
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le mécanisme à ces circonstances. Or le mécanicien qui a fait les bêtesmachines, c'est Dieu même, et Dieu ne manque ni d'intelligence ni d'habileté.
Réponse : cette hypothèse explique les actes des animaux, mais elle pourrait aussi bien expliquer les actes d'un homme quelconque, considérés par le dehors, car, à ce point de vue, ce ne sont que des mouvements déterminés qui peuvent avoir leur raison d'être dans l'inteUigente habileté d'un mécanicien. Nous avons cependant conscience de ces actes, puisque nous les sentons. L'exphcation, bien qu'elle rende compte de nos actes comme de ceux de l'animal, est donc certainement fausse pour nous ; elle peut l'être et l'est aussi pour l'animal.
B) Réfutation directe : i^ La sensation est conditionnée dans l'homme par le système nerveux. Or un système nerveux analogue existe chez l'animal. L'animal, ayant la condition organique, doit avoir le conditionné psychologique : la sensation.
2» Les animaux donnent des preuves de sensibilité, que les automates les plus perfectionnés n'ont jamais données. Quand on frappe un chien, il crie ; quand on lui donne sa nourriture, il montre son contentement, etc. Il faut donc admettre que les bêtes sont sensibles et conscientes, puisque nous constatons en elles des signes analogues à ceux qui chez nous expriment des émotions de plaisir ou de douleur ; ou bien on doit refuser toute valeur à l'argument (Vanalogie.
III. — Condillac (^) : Vinstinct est une habitude individuelle.
L'instinct est le fruit de l'expérience individuelle. Les animaux agissent d'abord avec réflexion, puis peu à peu ils contractent des habitudes qui se substituent à cette réflexion et deviennent des instincts. L'instinct est identique chez les animaux d'une même espèce, parce que c^s animaux ont les mêmes organes et les mêmes besoins, par conséquent sont soumis aux mêmes expériences, d'oii dérivent les mêmes habitudes. Pascal se rencontre sur ce point avec Condillac quand il dit : « La coutume est une seconde nature qui détruit la première... J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume (^). »
Critique : — 1° Il est vrai que, parmi les tendances que nous appelons instinctives et naturelles, certaines peuvent avoir été acquises, dès les premières années de la vie, sans que la mémoire en ait gardé le souvenir. Mais il ne s'ensuit pas que la nature de l'animal procède tout entière de l'habitude. C'est même impossible, parce que l'habitude ellemême résulte d'un certain nombre à^actes. Il y a donc une activité antérieure à l'habitude, avec ses tendances propres : cette activité, c'est la nature, c'est l'instinct.
(M Traité des animaux.
(') Pensées, III, 13, Édit. Haver.
110 ORIGINE ET NATURE DE l'iNSTINCT : SPENCER (56)
20 II y a certaines tendances, en tout cas, qui n'ont rien à voir avec l'habitude, laquelle s'acquiert et se forme par degrés (216) ; c'est le cas des instincts qui se montrent complets dès l'origine : vg. les tortues et les canards vont droit à l'eau qu'ils n'ont jamais vue ; l'abeille fait le premier jour ce qu'elle fera toute sa vie.
30 La réflexion et l'expérience individuelles ne sauraient expliquer des instincts aussi précis et aussi compliqués que ceux de beaucoup d'insectes : vg. de l'ammophile (^).
40 L'instinct, chez les animaux, étant la condition même de leur existence, doit être parfait du premier coup. Si l'animal devait l'acquérir par l'expérience et l'habitude, il serait condamné à périr avant même d'avoir pu en commencer l'acquisition.