A. — VALEUR DES PASSIONS
I. — Apologie : les Hédonistes, partisans de la doctrine du plaisir (^Sov/i), regardant toutes les passions comme bonnes^ déclarent qu'il faut les laisser se développer en pleine liberté. Elles sont l'expression fidèle des lois de la nature ; l'intelligence et la volonté ne sont que des instruments pour les satisfaire. Telle est la thèse soutenue dans l'antiquité par Aristippe, chef de l'école cyrénaï-que ; — chez les modernes par FouRiER et Saint-Simon.
II. — Condamnation : pour Zenon et les Stoïciens, la passion (iràôûç) est un mouvement de l'âme opposé à la droite (ôp;i.vi aXoyo;) raison et contraire à la nature. Elle est un trouble de l'âme, une maladie mortelle. Toutes les passions sont donc mauvaises ; il faut les étouffer pour arriver à l'impassibilité (aTraOsta) et, par elle, à l'exemption de toute espèce de trouble (àrapa^i'a). C'est l'idéal du sage :
Justum ac tenacem propositi virum...
Si fraclus illabatur orbis Impavidum ferlent ruinx (').
Kant, considérant la nature irrationnelle de la passion, prétend aussi qu'il faut l'extirper de l'âme.
III. — Opinion moyenne : Aristote et les Péripatéticiens, tenant le milieu entre ces deux écoles extrêmes, distinguent les passions :
A) Mauvaises : ce sont celles qui :
10 Dérivent d'inclinations malveillantes, antisociales : vg. haine, vengeance, envie (47).
20 Proviennent de bonnes inclinations, mais perverties avec le temps, parce que le développement de ces inclinations n'a pas été réglé par la raison : vg. gourmandise, ivrognerie, avarice, ambition (41) ; — chauvinisme (45).
B) Bonnes : celles qui dérivent d'inclinations bonnes et contenues dans les bornes légitimes par la raison : vg. amour de la patrie, de la famille, de la science, du bien, du beau.
{») M. d'HuLST, Conférences de Notre-Dame, Année 1894, p. 201-226. (•) Horace, Carmin. L. III, 3.