B. — ROLE DE LA DOULEUR
Elle est accompagnée du sentiment d'une imperfection, c'est-à-dire d'une défaillance ou d'une impuissance de l'activité. Elle est par conséquent signe d'un mal, du mauvais état de nos organes ou de nos facultés (21, Conclusion). Aussi les attaques n'ont pas fait défaut : on est allé jusqu'à nier que le monde fût l'œuvre d'un Dieu juste (Cf. Théodicée L. II, Ch. III, Art. III, Sect. II). Cependant les raisons ne manquent pas pour la justifier. Elle est :
I. — Un avertissement : elle informe la conscience qu'un désordre s'est produit dans notre constitution physique ou morale, que notre corps est menacé(vg. mal de tête), que la loi morale est violée(vg.remords). Par là même l'intelUgence est excitée à rechercher la nature du mal que la douleur nous signale et à y porter remède.
II. — Un frein qui, avant toute enquête de l'intelHgence, nous empêche de continuer l'action commencée et nous pousse à fuir l'objet qui est cause du mal : vg. un mal d'yeux fait interrompre la lecture qui les fatigue.
III. — Un stimulant : elle aiguillonne l'activité à sa manière, plus puissamment que le plaisir (22, IL). Pour échapper à la souffrance on redouble d'activité. C'est pour remédier à ses besoins que l'homme travaille, devient industrieux, inventif ; aussi la nécessité est-elle appelée <' l'ingénieuse » , « mère de l'industrie ». C'est elle qui a porté l'humanité à perfectionner nourriture, vêtements, habitations (^), etc. La civihsation
(M J. DE BoNNiOT, Le problème du mal, 2" Édit. L. IV, Ch. il, m.