ROLE DE LA DOULEUR
est en partie le résultat de la lutte contre la douleur. La douleur est donc la condition du progrès. Combien d'hommes de génie ou de talent, pressés par la souffrance, ont déployé toutes leurs ressources intellectuelles, qui nés dans l'abondance auraient langui et végété.
IV. — Moyen de perfectionnement moral (^) : elle inspire les vertus :
A) Individuelles : par cette lutte qu'elle nous contraint d'entreprendre contre elle-même, elle aguerrit la volonté, trempe le caractère, revêt l'âme d'énergie, de courage, de virilité ; elle mûrit l'homme et hâte l'avènement de sa personnalité. « C'est, disait Montaigne, la fournaise à recuire l'âme ».
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître ;
Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. (Musset).
C'est la douleur qui met notre force à V épreuve et nous révèle l'intime de notre âme.
Elle a aussi une vertu expiatrice : la faute est une jouissance coupable ; la douleur qui la suit ou qu'on s'impose a une efficacité réparatrice, si elle est bien endurée : « Après l'injustice commise, le plus grand mal c'est de ne pas en être puni » (Platon).
B) Sociales : elle produit la charité, le dévouement, la compassion. C'est surtout quand nous avons souffert que les malheurs d'autrui éveillent un écho sympathique dans notre cœur (42, § II, IV).
La douleur, en rapprochant les hommes, leur donne un sentiment plus net de leur solidarité.
V. — Inspiratrice de sentiments religieux : non seulement la douleur unit les hommes entre eux, mais elle leur fait chercher un secours supérieur à celui des hommes. « La douleur fait dans les âmes un désert où retentit la voix de Dieu » (Bossuet).
Conclusion : c'est donc à tort qu'on se plaint de la douleur ; c'est au fond regretter d'avoir la conscience. Or quelle condition est la meilleure d'un être inerte ou d'un être qui a conscience de lui-môme ? Il est si vrai que la douleur est comme la rançon de la perfection, qu'une capacité de sc-uffrir plus vaste et plus subtile est l'indice d'une nature supérieure. C'est ainsi que l'homme a des douleurs morales que l'animal ignore complètement, que le savant et l'artiste ont des souffrances inconnues du vulgaire.
D'ailleurs la raison demande que la vertu et le bonheur soient unis ; ce postulat est sans cesse démenti par l'expérience. Aussi les douleurs
(M J. DE BoNNiOT, ibid., L. IV, Ch. iv.