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I. — Faculté spéciale : pour Reid, Jouffroy, Garnier, Royer

CoLLARD, etc. la conscience est une faculté spéciale, spécifiquement distincte des autres facultés.

II. — Mode fondamental des autres facultés : d'après Aristote, Descartes, Hamilton, Maine de Biran, Stuart Mill, etc., elle est le mode fondamental de toutes les facultés, la forme commune et le caractère essentiel de tous les phénomènes psychologiques. Deux comparaisons font bien comprendre la divergence des deux écoles. Pour les premiers, la conscience est aux faits internes ce que la lumière est aux objets qu'elle éclaire, objets qui existent indépendamment de la lumière. — Pour les autres, la conscience est aux phénomènes psychologiques ce que la lumière est aux couleurs, qui ne sont ni ne se conçoivent sans la lumière. Cette dernière opinion nous paraît vraie.

B) Argument : la distinction de deux choses est prouvée quand on peut constater : 1° leur séparation ; — 2^ ou au moins leur indépendance de variations. — Or il est impossible de constater entre la conscience et les phénomènes psychologiques :

I. — - Une séparation : en effet : a) la conscience séparée des phénomènes psychologiques équivaudrait à la conscience de zéro, à la nonconscience. Il n'y a pas de milieu : on a conscience de sentir, de penser, de vouloir, ou l'on n'a conscience de rien. — b) Réciproquement : séparer les phénomènes psychologiques de la conscience revient à les nier. Une sensation qui n'est pas consciente est une sensation qui n'est pas sentie ; une pensée qui n'est pas consciente est une pensée qui n'est pas pensée ; une volition qui n'est pas consciente est une volition qui n'est pas voulue (^).

(•) Cf. Fr. Bouillier, La i-raie conscience — De la conscience en Psychologie et en Morale. {') Les ScoLASTiQUES disaient après Aristote : Non sentimus nisi sentiamus nos sentire ; non intelligimus nisi intelligamus nos intelligere.

IL — Une indépendance de variations : si vous diminuez ou augmentez par la pensée vg. une douleur, vous ne le pouvez sans amoindrir ou accroître la conscience de. cette douleur ; — et si vous faites varier la conscience d'une douleur, vous ne le pouvez sans faire varier proportionnellement dans la pensée la douleur même. On ne peut concevoir une conscience intense accompagnant une douleur légère, ou une grande douleur accompagnée d'une faible conscience.

G) Objections contre : I. — La seconde partie de l'argument précédent : on constate parfois une disproportion entre les phénomènes psychologiques et la conscience qui les accompagne. Sous l'empire de la passion, la vie psychologique devient très intense ; cependant la conscience de ce qui se passe en nous est alors obscure et l'observation de nous-mêmes difficile : vg. plus je suis en colère, wom* j'en ai conscience.

Réponse : cette objection confond la conscience spontanée avec la conscience réfléchie. Plus une passion est forte, plus une pensée est absorbante, moins facilement je puis l'observer, c'est vrai ; mais il est vrai aussi que j'en connais d'autant plus directement l'intensité que cette intensité est en réalité plus grande. C'est donc la conscience spontanée qui reste toujours exactement proportionnelle au phénomène ; c'est la conscience réfléchie qui n'est pas en raison directe du phénomène. Étant donnée la puissance limitée de notre activité, il est tout naturel que l'intensité de la vie psychologique et la réflexion, qui prend cette vie même pour objet, soient en raison inverse. C'est pourquoi la conscience réfléchie est une faculté spéciale^ tandis que la conscience spontanée est la forme commune de tous les phénomènes psychologiques, la condition générale., le mode fondamental de toutes les facultés, auxquelles, comme dit Hamilton, elle est coextensive {}).

IL — La première partie de l'argument : il y a des phénomènes psychologiques inconscients ; donc il y a parfois séparation entre les phénomènes et la conscience.

Réponse : il n'y a pas de phénomènes psychologiques inconscients (70).

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