QUALITÉS PREMIÈRES ET SECONDES
III. — En partie illusoire : A) Le sons commun a raison quand il affirme l'existonce d'une certaine perception immédiate, celle des divers sensibles, la couleur, le son, etc. Nous avons en oiïet conscience de sentir la couhmr, le son, la saveur, etc.
B) 11 se trompe quand il affirme que ces divers sensibles, immédiatement perçus par la conscience, sont les objets extérieurs eux-mêmes, car ce sont des sensations, des modifications do notre âme consciente.
Ce caractère illusoire de la perception s'explique par la loi suivante : « Toute idée, inséparablem'ent associée à une sensation, prend le caractère de la sensation, paraît être, comme elle, l'objet d'une perception immédiate ; on no croit pas seulement la concevoir, on croit la sentir. » Or l'idée du monde extérieur (résultat d'une inférence) est indissolublement associée à des sensations du tact, de la vue, etc. C'est pourquoi nous croyons, à propos de ces sensations, non pas concevoir cet objet, mais le voir, le toucher, le sentir, c'est-à-dire le percevoir immédiatement comme les sensations mêmes.
Conclusion : la vérité semble placée entre les théories extrêmes : la perception n'est ni purement subjectiviste, ni purement objectiviste :
« !« Nos sensations ne correspondent pas d'une façon identique à leur cause, car elles sont l'acte commun du sentant et du senti ; elles gardent la forme de la cause selon les lois du sentant.
«2^ A toute forme différente de nos sensations correspond une forme différente dans l'excitation, c'est-à-dire dans l'être senti, car la forme de l'effet est le produit de la forme de la cause. C'est ce que les sciences expérimentales démontrent, car a) la physiologie et la physique nous apprennent que toutes les sensations sont dues à des excitations extérieures qui, toutes, se ramènent à des mouvements ; — b) la physique nous montre aussi que les mouvements, qui produisent les sons, ne sont pas les mêmes qui produisent les couleurs ou la chaleur (^) ». Bref, pour tout résumer dans une courte formule scolastique : les qualités sensibles sont « joi-mali^"^ in anima, causaliter in re ».