B. — PERCEPTIONS ACQUISES
Ce sont celles qu'un sens peut nous donner par suite de son association préalable avec d'autres sens. Aristote les appelle sensibles par accident. Parcourons les différents sens et énumérons quelques-unes de leurs perceptions acquises.
I. — Vue : elle ne nous donne naturellement que l'étendue colorée et la forme plane ; et pourtant elle nous renseigne aussi sur la température des objets, — sur leur forme réelle et solide, — sur leur distance.
Exemples : la couleur du fer rouge, perçue actuellement par la vue, suggère le souvenir de la chaleur constatée précédemment par le toucher ; « une sphère placée dans le lointain apparaît comme un disque plan, dont les bords sont plus ombrés qae le centre. Le disque plan est la forme naturellement perçue par la vue. Si je m'approche de l'objet, j'en perçois par la main la forme sohde, la forme sphérique : c'est une perception naturelle du toucher. J'ai donc deux perceptions naturelles, l'une de la vue, l'autre du toucher. Si je renouvelle l'expérience plusieurs fois, ces deux perceptions naturelles finiront par s'associer dans mon esprit au point que l'idée de l'une suggérera l'idée de l'autre. La vue dans le lointain d'un disque plan, ombré aux bords, me fera penser à une sphère, et je croirai percevoir par la vue la forme sphérique {^). » Nous jugeons aussi de la distance par la vue, car l'expérience nous apprend que l'étendue colorée s'élargit ou se rapetisse à mesure que l'on se rapproche ou que l'on s'éloigne d'un objet.
IL — Ouïe : elle ne nous donne naturellement que le son ; et cependant elle nous fait connaître la nature, V emplacement, la distance de l'objet sonore : vg. j'entends le son d'une cloche ; j'ignore d'abord la nature et l'emplacement de cet objet, car ce n'est pas du ressort de l'ouïe. Mais je tâche de découvrir l'endroit d'où vient le son. Je m'approche de l'objet, je le touche et je l'examine pour me rendre compte de sa forme et du métal qui le compose. Je me fais ainsi, grâce aux perceptions tactiles et visuelles, une certaine idée de la cloche ; désormais, quand j'entendrai un son semblable, j'y associerai l'idée de la cloche qui l'a produit, et
(') Durand, Psychologie, p. 100-101.
l'ouïe seule suffira pour m'instruire de ce qui d'abord n'était pas de sa compétence. L'expérience nous apprend que, si l'objet est voisin de nous, le son est intense ; que, s'il s'éloigne ou s'approche, le son faiblit ou se renforce ; maintenant, dès qu'un son est perçu, il devient le signe de la distance et du mouvement de l'objet.
III. — Toucher : rien qu'en touchant un objet nous imaginons sa couleur, — le bruit qu'il peut faire, etc.
IV. — Odorat : rien qu'à l'odeur nous reconnaissons une fleur; nous jugeons, d'après l'intensité de cette odeur, de la distance où se trouve cette fleur.
V^ — Goûf; : rien qu'à la saveur nous discernons la nature des aliments.
VI. — Perception du mouvement et de la position : la position et le mouvement sont, d'une part, de V étendue résistante, et, comme tels, objet de perception naturelle pour le tact. D'autre part, ils sont aussi de l'étendue colorée, perception naturelle de la vue. La vue ne perçoit donc naturellement le mouvement qu'en largeur et en hauteur. Mais, comme l'intelligence remarque que la grandeur apparente des objets diminue en raison de leur éloignement, le mouvement dans le sens de la profondeur devient une perception acquise de la eue. La position et le mouvement en profondeur sont des perceptions naturelles du tact.