THÉORIE DES PERCEPTIONS ACQUISES
Les perceptions acquises sont une œuvre très complexe. Il faut donc démêler avec soin la part qui revient à chacune des facultés concourantes.
Part : I. — Du sens qui s'exerce : il nous fournit son sensible propre ; vg. la vue ne nous donne primitivement que la couleur avec une certaine étendue plus ou moins nettement délimitée : vg. une certaine étendue couleur orange.
II. — De l'association : cette sensation de vision n'a pas été isolée ; aussitôt après avoir vu cet objet, je l'ai touché, flairé, goûté. Ces sensations diverses, ayant été contiguës dans la conscience, se sont associées.
III. — De la mémoire et de l'imagination : une de ces sensations étant de nouveau donnée, (vg. je revois une certaine étendue couleur orange), je me rappelle et ^imagine les sensations complémentaires qui lui étaient associées, comme si je les éprouvais encore actuellement, comme si les sens, qui me les ont données antérieurement, s'exerçaient encore. Et ainsi on se représente la totalité de l'objet, bien qu'on n'éprouve qu'une sensation actuelle et qu'on ne perçoive réellement qu'une de ses qualités. En revoyant la couleur orange, je reconstruis l'objet entier avec sa forme, sa saveur, son odeur, etc.
IV. — De la raison ou de l'induction : c'est la raison qui interprète ces sensations associées, rappelées, imaginées ; elle le fait par un raisonnement, une induction, qui repose sur les principes de causahté et de substance (95) ; — elle conclut de cet ensemble de sensations la présence de l'objet extérieur et de ses différentes qualités ; elle affirme la coexistence des quahtés actuellement sensibles (c'est-à-dire de celles dont les sensations présentes nous donnent l'idée) et des sensations qui ne le sont pas actuellement (c'est-à-dire de celles qui ont été associées aux premières dans les expériences antérieures).
Conclusion : les perceptions acquises sont donc des conceptions de l'esprit éveillées, grâce à l'association, par une perception actuelle : vg. une odeur, perçue actuellement par l'odorat, suggère le souvenir de la couleur de l'objet odorant précédemment constatée par la vue. C'est donc par l'intervention de ces quatre facteurs : V association, la mémoire, V imagination et V induction que s'expliquent V élargissement du champ de la perception qui dépasse grandement celui de la sensation présente, ainsi que les illusions et erreurs de la perception. Nous voyons les choses extérieures à travers nos souvenirs et les inductions à demi-conscientes qu'ils provoquent.