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ÉDUCATION DES SENS

Les sens sont des instruments dont l'esprit doit apprendre à se servir pour connaître le monde extérieur. Sans doute, il y a une éducation spontanée des sens qui se fait dans l'enfance. Mais on peut la compléter par une éducation réfléchie et volontaire, qui est relative soit aux perceptions naturelles, soit aux perceptions acquises. Elle consiste à :

I. — Perfectionner par Vexercice et Vattention les perceptions naturelles propres à chaque sens. C'est un fait que chaque sens peut acquérir par un exercice réfléchi plus de rapidité, de sûreté et de délicatesse. C'est ainsi que le tact de l'aveugle a une grande finesse ; Toeil du peintre, l'oreille du musicien, l'odorat du chimiste, le goût du liquoriste et du gourmet démêlent dans les sensations une foule de nuances imperceptibles pour les personnes inexpérimentées. On a remarqué que les sujets, privés d'un ou de plusieurs sens, acquièrent plus de délicatesse pour les autres (^).

II. — Multiplier les expériences par lesquelles les sens deviennent aptes à se suppléer les uns les autres, grâce à l'association de leurs données. Il faut les faire collaborer ensemble à la perception totale des choses et les instruire ainsi les uns par les autres. C'est l'origine des perceptions acquises (98, B). Cette substitution des sens les uns aux autres se fait selon la loi à''économie : ce sont les sens les plus prompts qui remplacent les plus lents. Leurs perceptions sont alors érigées, comme dit Taine, en signes ahréviatifs de celles des autres sens. L'habitude rend ce mécanisme si rapide et ce symbolisme si naturel que nous avons l'illusion d'avoir par un sens des perceptions qui ne sont pas de son ressort.

C'est le toucher qui se charge de faire l'éducation des autres sens ; c'est à lui surtout qu'ils doivent leurs perceptions acquises. Mais ceux-ci, après s'être enrichis, le relèguent dans l'ombre à cause de sa lenteur : vg. par l'odorat, l'ouïe nous jugeons de .la distance, de l'emplacement des objets ; la vue nous renseigne sur la distance, le relief, la température, la position, le mouvement des corps (98, B).

Mais si cette substitution a l'avantage de faciliter et d'étendre les connaissances, elle a aussi des inconvénients : elle est, à cause de la complexité des opérations qu'elle suppose (99), l'occasion ^.'erreurs et d'illusions (102). Il faut être prudent, ne pas juger immédiatement sur la première apparence, mais contrôler les perceptions acquises en recourant aux sens qui nous fournissent les perceptions naturelles.

(') M. DE LA SizERANNE, Les aveugles par un aveugle. — L. RouRE, Doctrines et Problèmes, ch. xiii. — M. DE LA SiZERANNE, Les Sœurs aveugles.

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