B. — RÉPONSE DES INTERPRÉTA TIONNIS TES
Selon eux, la perception même naturelle est un jugement interprétant une sensation : c'est pourquoi les sens ne nous trompent jam.ais, car ils ne nous disent rien ; ce ne sont pas en effet des facultés de percevoir, mais seulement des facultés de sentir. Il n'y a donc pas lieu de parler de leurs erreurs ou de leur véracité. Leur fonction se borne à éprouver des sensations qui proviennent des organes et des objets extérieurs. Or la sensation, en elle-même, n'est ni vraie, ni fausse, puisqu'elle est un phénomène subjectif et non une connaissance objective (29). Donc l'erreur réside non dans les données des sens, mais dans le jugement par lequel l'intelligence interprète ces données. C'est ainsi que le daltoniste éprouve vraiment la sensation de vert, là où son voisin voit rouge ; mais il aura tort s'il juge que tout le monde voit vert comme lui.
La perception vraie est une interprétation exacte de la sensation, corroborée par l'expérience ultérieure, qui établit son harmonie avec nos perceptions nouvelles et celles de nos semblables. La perception fausse est une interprétation inexacte de la sensation, contredite par l'expérience ultérieure, qui montre son désaccord avec nos perceptions nouvelles et celles de nos semblables.
Une sensation étant donnée, nous concluons spontanément à la présence d'un objet ou d'une quaUté de cet objet. Mais cette conclusion, n'étant fondée que sur le raisonnement et l'habitude, n'est pas infaillible ; elle est vraie ordinairement, fausse par exception. L'erreur n'est donc pas dans la sensation, mais dans son interprétation.