n. RAPPEL DES IDÉES
A. — Modes : Le rappel ou renaissance des idées dans la conscience se fait de trois façons :
I. — Spontanément : parfois les idées reparaissent sans que nous les cherchions et sans qu'elles semblent suggérées par d'autres idées. C'est ce qui explique les souYenirs obsédants : vg. air de musique qui revient avec obstination. Si nous avons été témoins d'un malheur affreux, le souvenir de ce malheur nous poursuit sans cesse. La raison en est que chaque idée tend à reparaître en proportion de sa vivacité et y parvient quand cette vivacité est supérieure à celle des autres idées qui occupent le champ de la conscience. Mais cette force va en s'affaibhssant et finit par perdre son pouvoir de reviviscence spontanée. Les impressions actuelles, étant ordinairement plus vives que les souvenirs, les empêchent de renaître spontanément ; mais quand ces impressions s'atténuent, comme dans la rêverie ou le sommeil, les souvenirs prennent le dessus.
IL — Par association : généralement le souvenir revient suggéré par l'idée qui se trouve actuellement dans la conscience. C'est que les données de la conscience ne sont pas isolées les unes des autres : par le fait même que plusieurs idées ont été contiguës dans la conscience, elles s'associent ; et dès qu'un élément revient à la pensée, il tend à reconstituer le groupe primitif (115).
III. — Volontairement : enfin le souvenir peut reparaître grâce à un effort volontaire : vg. je vois une personne dont le nom, que j'ai su, m'échappe maintenant ; en cherchant, je le retrouve. L'action de la volonté est toute indirecte. L'expérience atteste en effet que souvent l'effort de la volonté reste stérile : on a beau réfléchir, rien ne revient à l'esprit ; même une trop forte apphcation nuit au retour des idées, car cette fixité sur une idée entrave l'association. Puis soudain, quand on y pense le moins, le souvenir vainement cherché reparaît.
Quelle est donc la part de la volonté ? Le rappel volontaire se ramène, en dernière analyse, au rappel par association. Pour vouloir se rappeler une idée, il faut déjà qu'on s'en souvienne dans une certaine mesure, car si on n'avait aucune donnée présente à l'esprit, on ne pourrait rien faire. Ainsi, vg. je me sou"viens que le nom de telle rue commence ou finit par telle lettre. Le rôle de la volonté consiste à fixer dans la conscience l'idée du souvenir ébauché, à lui donner par l'attention un surcroît de force, qui facihte le rappel par association des éléments qui le complètent. Le rappel volontaire n'est donc qu'un cas du rappel par association. Bref, les idées revivent dans la conscience soit spontanément, soit par association. Peut-être même le rappel spontané n'est-il lui-même qu'un rappel plus ou moins inconscient par association. En tout cas, l'association est la loi fondamentale, d'après laquelle a lieu la reviviscence.
B. — Conditions : I. — Psychologiques : ce sont les mêmes que celles de la conservation : 1^ la vivacité de V impression primitive et tout ce qui contribue à la renforcer : V émotion et V attention ; 2'^ la répétition fréquente et surtout 3'^ V association étroite ; car plus un objet nous a émus vivement, plus nous y avons prêté attention ; — plus nous l'avons considéré ; — plus il a été lié à d'autres objets frappants ; — • et plus le rappel en est facile et fidèle.
II. — Physiologiques : c'est une excitation organique nouvelle, qui restaure dans les centres nerveux une impression semblable, ordinairement plus faible que celle qui a produit l'état de conscience antérieur.
La reviviscence des états de conscience antérieurs n'est pas le souvenir lui-même ; c'en est la préparation. On ne se souvient vraiment que si l'on a conscience que l'état, actuellement éprouvé par nous, l'a déjà été dans notre passé et est reconnu comme tel. La reconnaissance est donc l'élément essentiel du souvenir. Sans elle, il n'y a pas souvenir, mais simple réminiscence.
Le souvenir^ acte essentiel de la mémoire, c'est une connaissance reconnue et rapportée au passé ; - — la réminiscence^ c'est une connaissance non reconnue, qu'on croit nouvelle ; de là les plagiats inconscients : vg. un musicien donne comme un air nouveau un air déjà trouvé par d'autres ou même par lui {}). Certains entendent par réminiscence un souvenir incomplet, une connaissance reconnue, mais sans localisation précise dans le passé : on a conscience d'avoir eu telle idée, mais on ne sait ni quand, ni où.