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IL — MÉCANISME DE LA RECONNAISSANCE

Il faut à l'esprit une raison pour associer à un état de conscience présent l'idée du passé. Quelle est-elle ?

Parfois le souvenir porte avec lui la marque du passé : c'est le cas des faits auxquels nous avons associé explicitement l'idée du passé. Si, en terminant une étude qui m'a occupé quelque temps, je me suis dit : enfin c'est fini ; quand le souvenir de cette étude reviendra, il sera immédiatement reconnu comme passé.

Mais, dans d'autres cas, la confusion est possible. Le souvenir, en effet, peut être confondu avec d'autres états de conscience : 1^ avec une perception actuelle, comme il arrive dans le rêve et l'hallucination ; 2° avec une fiction de V imagination, car on se demande parfois si on a déjà réellement eu telle idée, actuellement présente en nous.

Comment donc distinguer le souvenir de la perception actuelle et des créations de l'imagination ? Quel est le caractère de nos idées que nous interprétons comme signe du passé ? C'est le contraste qui existe entre le souvenir d'une part, — et d'autre part la perception et la fiction imaginative. Le souvenir se distingue de la :

A. — Perception : 1° En général la perception est plus vive et plus distincte ; c'est que la perception, comme dit Spencer, est un état fort, et le souvenir un état faible : vg. l'image que j'ai actuellement du Louvre est plus vague que la représentation que j'en aurais si j'étais en face de cet édifice.

2° La perception s'' impose à nous : en face du Louvre, il m'est impossible de ne pas le voir tant que je regarde de ce côté. — Le souvenir dépend davantage de ma volonté : je puis le bannir de mon esprit, l'y ramener, lui en substituer un autre : vg. me représenter Notre-Dame.

30 Une perception est d'ordinaire confirmée par d'autres perceptions concordantes : vg. j'ai la perception de mon bureau de travail, et en même temps je vois ma bibliothèque, mes autres mejbles, mon cabinet tout entier. — Le souvenir est souvent contredit par les perceptions présentes : j'ai maintenant l'image d'un bureau de travail semblable, vu dans un magasin ; mais, en même temps, je vois celui de mon cabinet ; les sensations, que mon bureau me fait actuellement éprouver, sont en contra-

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diction avec l'image du bureau aperçu chez le marchand, la réduisent à l'état de souvenir et la rejettent dans le passé.

Ainsi, la faiblesse de l'image, la facilité à l'écarter, son opposition avec les sensations présentes nous prouvent que nous n'avons pas affaire à un objet actuellement présent. Il faut savoir maintenant si l'image est bien un souvenir, le résidu d'une sensation antérieure, un état secondaire, et non une fiction de l'imagination, un état primaire.

B. — Fiction imaginative : 1° L'œu^Tc de l'imagination exige des efforts, le déploiement d'une activité dont nous avons conscience. — D'ordinaire, le souvenir s'offre à nous naturellement, sans peine.

2° On peut modifier à son gré les créations de l'imagination. — Le souvenir est un tout cohérent, qui résiste aux caprices de la fantaisie. Par exemple, je me rappelle sans difficulté telle gravure et je suis forcé de me la rappeler telle qu'elle est. Au contraire, pour me représenter un tableau imaginaire, j'ai à faire des efforts de conception et de combinaison ; mais je puis librement ajouter ou retrancher certains traits.

30 Le souvenir peut être confirmé par d'autres souvenirs nettement reconnus, avec lesquels il cadre, et peut ainsi trouver sa place naturelle dans la trame de notre vie. — La fiction, au contraire, ne se rattache à aucun fait de notre histoire.

Conclusion : ainsi ces caractères, Vabsence d''effort pour se représenter, la nécessité de se représenter d'une certaine façon, Vordre qui rehe l'image à d'autres souvenirs avérés nous montrent que l'image présente n'est pas celle d'un objet imaginaire, mais bien d'un objet réel. Par ailleurs, nous savons déjà qu'elle n'est pas celle d'un objet actuellement présent. Une seule conclusion reste et s'impose : l'image correspond à un objet passé. Aussi l'esprit la rejette-t-il dans le temps.

La reconnaissance est donc une œuvre complexe, qui résulte d'une série d'opérations intellectuelles. Si l'une ou l'autre de ces opérations fait défaut, la reconnaissance n'a pas lieu : vg. a) si l'image a un rehef anormal, si elle résiste à l'effort de la volonté, si elle refoule les sensations présentes, elle passe pour une perception et constitue V hallucination ; — b) si on peut la modifier à volonté, si elle a surgi pendant le travail de la méditation, nous la prenons pour un produit de notre imagination, alors qu'elle n'est que la reproduction d'une impression antérieure : c'est une réminiscence.

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