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C. — CRITIQUE

Ce n'est pas la perception d'un rapport essentiel ou accidentel entre deux idées qui produit l'association, car cette perception ne peut s'exercer que sur les matériaux que lui fournit l'association (^). En effet, la perception d'un rapport entre deux idées exige la présence préalable de ces deux idées dans la conscience. Pour que, vg. j'affirme un rapport de contiguïté spatiale entre Paris et la Seine, il faut que les idées de Paris et de la Seine

{^) Traité élémentaire de philosophie, n" 84. (') Rabier, Psychologie, Chap. xvi, § II, III.

soient déjà préserites à ma conscience, car penser un rapport c'est penser en même temps les deux termes qui le rendent possible. Le rapport est postérieur à l'association ; il ne peut donc en être la cause. La théorie écossaise confond l'association spontanée^ qui est une synthèse passive, automatique, machinale de deux idées, avec l'association active^ qui est la combinaison volontaire de deux idées.

Cette combinaison réfléchie, qu'on peut appeler « liaison des idées », a pour condition nécessaire une association spontanée, car elle suppose l'apparition préalable dans la conscience de deux idées contiguës. Elle requiert, en outre, le concours de l'attention, de l'imagination, du jugement, du raisonnement et de la volonté. Ce n'est donc pas une faculté spéciale, mais une opération complexe, dont l'élément dominant est l'imagination ou V entendement, selon que la combinaison a un but artistique ou scientifique.

Il faut cependant reconnaître que, si l'association des idées est antérieure à la perception des rapports, ceux-ci n'en exercent pas moins dans la suite une grande influence sur l'association. Lorsque j'applique mon attention à deux idées associées dans ma conscience et que je découvre entre elles certains rapports, les associations ainsi doublées de la perception d'un rapport, surtout d'un rapport logique et essentiel, sont plus fortes et plus durables (105, B, III).

Conclusion : deux idées ne peuvent s'évoquer l'une l'autre que si elles ont été déjà, au moins une fois pour n'importe quelle raison, pensées ensemble. La simultanéité ou contiguïté dans la conscience est donc la condition subjective de la reproduction des associations, indépendamment de tout rapport perçu.

Si on cherche maintenant la condition objective de cette simultanéité ou contiguïté dans la conscience, la condition de la production des associations, c'est-à-dire pour quelle raison telle association a été constituée plutôt que telle autre, alors la réponse varie : c'est tantôt un rapport objectif accidentel, comme la contiguïté spatiale ou temporelle ; tantôt un rapport objectif essentiel, comme la causalité, la ressemblance, la finalité. Bref, la contiguïté dans la conscience est seule la cause de la reproduction des associations ; les rapports objectifs les plus variés peuvent être causes de cette contiguïté dans la conscience, c'est-à-dire de Vexistence et de la constitution même des associations. Mais ces rapports objectifs, qui déterminent les associations, ne sont perçus qu'après que les deux termes qui les composent se trouvent contigus dans la conscience, ■ car toute association a pour fondement une première simultanéité des i idées dans l'esprit. ^

(117) ROLE DE l'association 219

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