A) IMAGINATION CRÉATRICE SPONTANÉE
Dans ce cas, l'imagination abandonnée à olle-même, construit ses œuvres, au gré des circonstances, sans règle ni but. Elle associe spontanément plusieurs groupes de souvenirs au moyen d'un élément commun à plusieurs groupes (115, A, II). Ses assemblages sont capricieux, étranges, incohérents. Cette forme inférieure de l'imagination active se trouve dans certains états psychologiques :
I, — Normaux comme : 1^ Rêverie : état dans lequel l'àme se laisse aller mollement au courant de ses souvenirs sans les gouverner. L'intervention de la raison étant faible ou intermittente, la rêverie donne lieu à des associations plus ou moins désordonnées.
2» Rêve : succession d'images bizarrement associées pendant le sommeil. Ici, l'action régulatrice de la raison et de la volonté étant suspendue, la fantaisie a libre carrière : de là les combinaisons parfois les plus étranges et les plus absurdes. Ce n'est pas à dire que les images défilent au hasard ; mais les rapports les plus éloignés et les analogies les plus superficielles suffisent pour susciter dans l'imagination les associations les plus disparates.
3^ Illusion : c'est une erreur due à l'action de l'imagination qui transforme une sensation déterminée et lui fait représenter un objet tout différent de celui qui existe. L'illusion s'appuie sur la réalité, car son point de départ est une sensation réelle ; mais elle transpose, au gré de la fantaisie, suivant la nature de l'individu et les circonstances : vg. à la tombée de la nuit, un arbre deviendra, pour un enfant qui a peur, un brigand en embuscade.
IL — Anormaux comme : 1° Hallucination : plus l'intervention de l'imagination est grande, plus l'illusion est complète ; à la limite, l'imagination crée la représentation de toute pièce, sans le concours d'aucune sensation : l'illusion est devenue hallucination. L'hallucination est une perception extérieure fausse, sans objet extérieur correspondant, une perception à vide. L'hallucination a pour condition immédiate l'ébranlement d'un cerveau malade ; l'image qui en résulte est parfois si forte qu'elle équivaut à une sensation et, conséquemment, est extériorisée : le malade croit qu'un objet extérieur correspond au fantôme intérieur. Si les hallucinations se multiplient et envahissent plusieurs sens, on vit au milieu d'un monde imaginaire : c'est la folie.
2° Somnambulisme naturel ou artificiel : tous deux sont des rê(^es en action ; mais le premier vient de l'individu lui-même, le second est suggéré par un étranger. Dans les deux cas, le somnambule et l'hypnotisé exécutent les actions et les mouvements déterminés par les images qui obsèdent l'esprit du premier et sont provoquées dans l'imagination du second (242, 243).
TRAITÉ DK PHILOSOPHIE — T. I — 8.