IL — DANS LES SCIENCES
A. — En général : dans toute découverte on distingue : Vidée ou hypothèse, la preuve .ou vérification de l'idée.
l^ — Hypothèse : elle est suggérée par l'imagination ; le plus grand nombre des suggestions scientifiques se ramène à l'association par ressemblance. L'aptitude à démêler les ressemblances subtiles et délicates sous des différences frappantes qui les cachent, c'est l'élément essentiel du génie scientifique : « Une découverte est en général un rapport imprévu {}). » — « L'hypothèse est la divination d''une uniformité » (Helmholtz). C'est cette aptitude qui fait les inventeurs, car inventer c'est identifier l'inconnu à ce qui était déjà connu. Or ce discernement d'un rapport caché, qui semble être une inspiration soudaine, est l'œuvre de l'imagination scientifique. Mais il ne faut pas croire que ces découvertes, ces intuitions subites soient des révélations immédiates ; elles ont été préparées par de longues méditations et des recherches laborieuses. On demandait à Newton comment il était arrivé à trouver la loi de la gravitation, il répondit : « En y pensant toujours. » On connaît aussi le mot de BuFFON : « Le génie n'est qu'une longue patience. » Cette définition est sans doute trop exclusive. Le génie est plus qu'une longue patience. C'est avant tout une supériorité native, qui suppose des aptitudes éminentes pour tel ordre spécial de recherches. Mais ces dispositions naturelles, pour être fécondes en découvertes, ont besoin d'être longuement exercées ; il y faut déployer une volonté énergique, une attention soutenue. Les trouvailles du génie supposent, d'ordinaire, selon le mot de Newton, l'effort d'une « pensée patiente ». L'histoire des découvertes scientifiques confirme cette parole.
Exemples : 1° Mécanique : Watt identifie la force expansive de la vapeur avec les sources de force mécanique déjà connues, telles que le vent, un courant. — 2° Histoire naturelle : Oken range le crâne parmi
(') Claude Bernard, InlroducHon à l'élude de la médecine expérimenlale, I P., ch. n, § III, p. 67, Paris, 1865.
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les vertèbres. — 3° Chimie : La voisier assimile la respiration à la combustion. — 4° Physique : Franklin identifie l'éclair avec l'étincelle d'une décharge électrique. — 5° Astronomie : Newton identifie la chute des corps pesants sur la terre avec l'attraction qui s'exerce entre les planètes et le soleil (^). ■ — 6^ Sciences morales : le philologue, le politique, l'historien cherchent eux aussi des lois. Pour y parvenir ils tâchent de découvrir des analogies entre les langues, les institutions, les causes des événements.
IIo — Vérification de l'hypothèse : la preuve de l'idée se fait par le calcul et l'expérience (Cf. Logique, L. II, ch. iv, 66, 67).
B. — Dans les sciences abstraites : 1° Avec le concours de fabstraction, l'imagination crée les objets de ces sciences. Les nombres en arithmétique, les figures en géométrie, les quantités en algèbre, les mouvements et les forces en mécanique ne sont pas donnés tels quels par la nature; ce sont des formes et des constructions idéales, œu^Te de l'imagination unie à la raison (Cf. Logique, 58).
"2° Quand on cherche la démonstration d'un théorème, la solution d'un problème, l'équation d'une courbe, on imagine tout d'abord la construction. Toute démonstration nouvelle est une hypothèse que l'imagination suggère au mathématicien avant d'être vérifiée par le raisonnement.
3° Exemple de Pascal enfant, qui retrouva, dit-on ('^), par la force de son imagination, les 32 premières propositions d'EucLioE. — Que serait un mathématicien sans imagination ?