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PROBLÈME DES UNIVERSA.UX

Réponse : a) On peut rétorquer l'argument : le nom commun, quand il est pensé, est lui aussi une représentation particulière ; donc le nom commun ne peut exister. — b) Comment donc l'idée peut-elle être générale ? En tant qu'elle existe dans l'esprit, en tant qu'elle est pensée, elle a une existence particulière et déterminée. Mais, comme elle contient toujours les mêmes caractères communs et constants qui constituent son identité, l'esprit perçoit cette identité et la rapporte à toute la classe d'individus ayant ces caractères communs. Ainsi cette idée, bien que, comme diraient les Scolastiques, particulière entitative, en tant qu'elle existe dans la pensée, est générale terminatiçe, en tant qu'elle convient à un nombre indéfini d'espèces ou d'individus.

B) Métaphysique : on se demande ce qui répond objectivement^ en dehors de nous, à l'idée générale. La réponse varie avec les systèmes. Le Nominalisme et le Conceptiialisme disent que rien de réel ne correspond à ridée générale, car celle-ci, vg. V animalité, V animal en soi, n'est qu'un mot ou un concept de l'esprit. Les êtres individuels, vg. les animaux ont seuls une réalité objective. — Le Réalisme exagéré prétend au contraire que les idées générales existent en dehors de l'esprit et existent seules réellement : vg. Vanimal en soi existe seul ; les animaux particuUers n'ont qu'une réalité d'emprunt ; ils ne sont animaux que par leur participation à Vanimalité, dont ils ne sont que les modes accidentels.

Critique : les idées générales, vg. V animalité, ne peuvent exister dans la réalité ; car tout ce qui existe dans la réalité est défini et déterminé ; or les idées générales sont indéterminées ; elles ne peuvent donc exister dans la réalité. C'est pourquoi Antisthène disait avec raison à Platon : « Je vois bien le cheval, mais la chevaléité je ne la vois pas. » — Cependant les idées générales ont une valeur objective ; elles représentent un ensemble de caractères qui existent réellement dans les individus. C'est la solution du :

IV. — Réalisme modéré : soutenu par Aristote, — S. Anselme (1033-1109). — Albert le Grand, S. Thomas d'Aquin, Duns Scot (Xllle S.), BossuET (1), Leibniz, etc. C'est le système qui seul résout le problème d"une façon satisfaisante. Les idées générales ne sont ni de simples mots, ni de pures conceptions de l'esprit, ni des entités existant en soi. Elles existent, non en elles-mêmes, mais à la jois dans la réalité et dans l'intelligence, quoique diversement : Fundamentaliter in re, formaliter in intellectu. L'intelligence trouve existant dans les individus,i vg. dans les hommes, certains caractères communs (animal, raison-f nable), qu'elle isole par abstraction des qualités particuUères ou notes individuantes (vg. petit, grand, blanc, noir, etc.). Ce sont ces propriétés

(M B033UET, Logique, L. I, § 28 à 31.

communes des individus qui constituent le fondement réel de l'idée générale : jundamentaliter in re. Mais, sous sa forme abstraite^ dégagée des caractères concrets et particuliers, l'idée générale n'existe que dans notre esprit : formaliter in intellectu.

Les individus passent et disparaissent, les espèces et les genres demeurent. Il y a donc un modèle (exemplar) suivant lequel nous concevons la réalisation des individus, différents par leurs caractères accidentels, mais semblables par leur conformité avec le type générique et essentiel. Ce modèle ne peut exister que dans l'intelligence de Celui qui a créé toutes choses (^). Les universaux existent donc dans l'intelligence divine à l'état de causes exemplaires, de modèles et de types, d'après lesquels les choses ont été faites. Par conséquent, concevoir des idées de genres et d'espèces, c'est concevoir le plan même de la création ; et les classifications naturelles sont des copies plus ou moins fidèles des classifications divines.

Remarque : certains commentateurs estiment que Platon plaçait aussi les Idées dans l'intelligence divine ; telle est l'interprétation de S. Augustin (^).

A. — Utilité : I. — Elle simplifie la connaissance et la rend plus distincte en ramenant la pluralité à l'unité. Elle substitue, à la multitude innombrable des choses et des qualités accidentelles, l'idée de leur essence, de leurs caractères constitutifs et permanents : vg. l'homme est un animal raisonnable.

II. — Elle donne une portée sans limites à la pensée : toute idée générale représente un nombre indéfini d'objets : vg. l'idée d'animal convient à tous les animaux présents, passés, futurs.

III. — Elle met de l'ordre dans la pensée : en groupant les idées générales d'après leurs ressemblances, on forme une hiérarchie d'idées, coordonnées et subordonnées les unes aux autres (138). Cette classification des idées, fruit de la généraUsation, rend possible la classification des êtres (3). La générahsation nous donne ainsi une idée du plan divin de la Création»

(*) Liberatore, Op. cit., Ch. VIII, De l'exemplarisme divin.

(*) Fouillée adopte aussi cette manière de voir {La Philosophie de Platon). Brochard au contraire estime que l'interprétation d'Aristote est la vraie. (Cf. Revue des Cours et Conférences, 1898.)

(•) Sur la méthode à employer pour déterminer scientiAquement les genres et les espèces: Cf. Logique, Méthode des sciences naturelles (75-88).

258 COMPARAISON DES DIVERSES SORTES d'iDÉES (142)

IV. — Elle conditionne la science : il n'y a pas de science du particulier, car : 1° Chaque être individuel renferme un nombre indéfini de caractères accidentels, que l'intelligence est incapable de connaître pleinement et qui changent à chaque instant. — Les caractères essentiels, qu'atteint la généralisation, sont au contraire peu nombreux et immuables.

— 2^ Les sciences seraient impossibles sans la généralisation : a) les sciences déductives, parce que la déduction va du général au particulier ;

— b) les sciences inductiçes, parce que l'induction, qui formule les lois, est la généralisation d'un rapport de causalité (Cf. Logique, Méthode des sciences physiques, 64-74).

V. — Elle conditionne le langage : sans le secours des idées générales, qui s'expriment par des noms communs, il faudrait des noms propres pour chaque être, pour chacune de ses qualités, pour chacun de ses rapports : vg. pour chacun des grains d'un tas de blé ou de sable, pour chaque idée. La pensée serait accablée et l'entente mutuelle impossible. Aussi les noms communs forment-ils la presque totalité des langues. Les noms propres eux-mêmes, comme le constatent Leibniz (^) et Max MiJLLER {^), ne sont souvent que des substantifs généraux pris particulièrement : vg. Platon = le large d'épaules ; — Cicéron = le pois chiche ; — Fabre = l'ouvrier ; — Constan t (qui désigne une qualité) etc.

B. — Abus : la générahsation ne fait connaître que les caractères communs à une classe d'êtres ; or les esprits habitués à généraliser sont portés :

L — A généraliser trop ou trop vite, à attribuer à toute une catégorie d'êtres ce qui ne convient qu'à quelques-uns. Mal dirigée, l'habitude de généraliser développe l'esprit systématique. — L'enfant est très enchn à généraliser ; il le fait à tort et à travers, d'après ses dispositions subjectives. Il faut l'accoutumer à être circonspect et à considérer les choses objectivement.

IL • — A se borner aux caractères communs et essentiels, qui ne suffisent pas pour connaître pleinement un objet particuher. Il faut les compléter par l'étude des caractères individuels.

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